Critique de livre

Critique d’At the Earth's Core

Cette critique d’At the Earth's Core souligne qu’Edgar Rice Burroughs maintient une puissante dynamique pulp, mais que ses plaisirs narratifs restent liés à une vision violente de la hiérarchie et à des postulats coloniaux.

Auteur
Edgar Rice Burroughs
Première publication
1914
Couverture de At the Earth's Core
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/works/OL1417907W

Cette critique d’At the Earth's Core commence avec la dynamique sérielle du livre. At the Earth's Core d’Edgar Rice Burroughs est d’abord paru en 1914 sous forme de feuilleton avant d’être publié en volume, et cette origine explique encore beaucoup la manière dont on le lit. Le roman se soucie moins de crédibilité scientifique que de vitesse. Sa machine souterraine, son monde caché intérieur, ses chefs reptiliens télépathes et ses retournements continus existent pour maintenir le mouvement du récit, pas pour convaincre un ingénieur sceptique. Cette volonté de privilégier le mouvement à la vraisemblance fait à la fois partie de l’attrait et de la limite du livre.

Ce qui maintient le roman en vie n’est pas le raffinement. C’est la force. Burroughs projette David Innes et Abner Perry dans Pellucidar, le monde creux sous la croûte terrestre, puis construit une suite ininterrompue d’emprisonnement, d’égarement, de poursuite, de combat, de sauvetage et de révolte. Une critique moderne ne peut toutefois pas s’en tenir à l’admiration de cette propulsion. L’excitation du livre est étroitement tressée à une vision hiérarchique du monde : des espèces dominent d’autres espèces, les hommes forts accèdent au commandement, les femmes sont idéalisées et revendiquées, des populations entières sont triées par rang de valeur. Aujourd’hui, At the Earth's Core apparaît à la fois comme une machine pulp d’une efficacité triomphante et comme un document révélateur des fantasmes qui ont soutenu la fiction d’aventure des débuts.

critique d’At the Earth's Core : propulsion pulp dans un sous-monde hiérarchique

Toute critique sérieuse d’At the Earth's Core doit commencer par ce que Burroughs sait le mieux : il crée un élan narratif presque instantané. David Innes et l’inventeur âgé Abner Perry descendent dans la Mole de fer, perdent le contrôle du voyage et émergent dans Pellucidar, un monde intérieur baigné d’une lumière permanente, peuplé de créatures préhistoriques, de tribus humaines et des dirigeants ailés Mahar. À partir de là, le roman ne se stabilise presque jamais. Burroughs comprend qu’en fiction pulp, une prémisse devient crédible en restant active. Si le récit s’arrête trop longtemps, l’absurdité saute aux yeux ; s’il continue d’avancer, la merveille et le danger peuvent porter presque tout.

C’est la force centrale du roman. Il ne demande pas d’être admiré pour son réalisme, sa profondeur psychologique ou sa subtilité stylistique. Il demande qu’on le suive à pleine vitesse. Burroughs transforme la découverte en chaîne de situations urgentes, et la vitesse devient elle-même le plaisir. Les lecteurs qui attendent d’un tel livre une romance scientifique soignée peuvent être déçus. Ceux qui cherchent un mélange précoce et puissant de science-fiction et d’aventure peuvent y trouver un mouvement encore étonnamment assuré.

Le problème, et en même temps la raison pour laquelle il mérite d’être discuté plutôt que simplement consommé, est que cette vitesse emporte avec elle un ensemble idéologique complet. Le monde souterrain est organisé par la domination. Des espèces dotées de conscience asservissent d’autres espèces. La force physique et l’autorité apparaissent presque auto-justificatrices. La romance se tresse avec l’enlèvement, la protection, la possession et le statut. Un lecteur contemporain n’a pas besoin de rejeter le livre d’emblée pour voir clairement ces éléments, mais prétendre qu’ils sont accessoires serait une erreur. Ils font partie du moteur.

Pellucidar est un décor pulp mémorable car il est pensé pour l’escalade

Pellucidar reste marquant pour la même raison que Barsoom l’est dans la critique d’A Princess of Mars : Burroughs construit des mondes conçus comme des scènes d’action amplifiée plutôt que comme des systèmes systématiquement argumentés. La prémisse de la Terre creuse lui donne une arène où les âges évolutifs se mélangent librement, la géographie paraît instable et les repères sociaux ordinaires disparaissent. Le midi éternel transforme la perception du temps. Les animaux préhistoriques maintiennent le danger à proximité. Les empires souterrains et les territoires tribaux composent une carte franchissable par la poursuite, l’alliance et l’embuscade. Tout dans le cadre est organisé pour la pression.

C’est ce qui explique la force de rémanence du monde, même quand le style peut sembler rugueux. Pellucidar a la vigueur d’une image qui sait parfaitement ce qu’elle cherche à faire. Il n’est pas subtil, mais il est immédiatement lisible. Burroughs sait qu’un cadre d’aventure solide ne requiert pas une explication exhaustive, pourvu qu’il offre des conditions de conflit mémorables. Le lecteur retient le soleil intérieur étrange, les Mahars, les Sagoths, les grottes, les nations primitives, et la sensation de tomber hors du monde moderne pour entrer dans un lieu où chaque rencontre semble recalibrer l’échelle du danger.

Il y a aussi un vrai plaisir conceptuel dans le refus de la chronologie ordinaire. Pellucidar n’est pas seulement ailleurs géographiquement ; il est ailleurs psychologiquement. Sans les marqueurs habituels de nuit et de jour, le monde paraît détaché des habitudes de mesure et d’ordre de la surface. Burroughs ne théorise pas complètement ce décalage, mais il en perçoit l’effet. Le résultat est un cadre qui sonne onirique sans devenir passif. Même quand le roman est maladroit, Pellucidar continue de produire de nouvelles tensions.

Les lecteurs sensibles à ce type d’étonnement expéditionnaire peuvent aussi aimer The Lost World dans sa version perdue, qui propose une aventure préhistorique plus disciplinée sur un plateau isolé qu’un monde renversé. Doyle est plus contrôlé. Burroughs est plus sauvage et moins enclin à la retenue. La comparaison éclaire les deux auteurs.

David Innes, Abner Perry et des personnages aux dimensions limitées mais efficaces

Burroughs est un mécanicien de récit plus qu’un psychologue, et At the Earth's Core le montre dès le début. David Innes est conçu moins comme une conscience stratifiée que comme un protagoniste d’aventure utilisable : énergique, brave, adaptable, indigné devant l’injustice, et prêt à devenir la volonté organisatrice au sein d’un monde chaotique. Il n’intéresse pas parce qu’il est intérieurement complexe. Il intéresse parce que Burroughs peut l’insérer dans presque n’importe quel danger et lui confier de nouvelles péripéties.

Abner Perry en est un complément efficace. Plus âgé, savant, distrait et légèrement comique, il donne au livre un léger cadre scientifique sans vraiment l’alourdir. Sa présence aide Burroughs à maintenir l’illusion que le roman conserve un pied dans l’enquête rationnelle, même lorsqu’il abandonne volontiers la probabilité scientifique. Perry atténue aussi le sérieux de David. Le duo n’a pas la profondeur psychologique d’un roman moderne, mais il est fonctionnellement bien choisi : l’un fournit l’impulsion, l’autre le contraste et quelques explications ponctuelles.

Les personnages secondaires sont surtout vivants dans leurs contours. Burroughs aime les noms qui assignent immédiatement une forme morale ou symbolique, et bien des figures paraissent moins des personnes profondes que des emblèmes de loyauté, de trahison, de désir ou de force brute. Cela peut rendre le livre mince selon les standards contemporains. Mais cette minceur fait aussi partie de la vitesse. Burroughs veut que chaque figure soit perçue rapidement. Dans une aventure sérielle, la lisibilité immédiate peut compter davantage que la nuance.

Ce dispositif fonctionne mieux pour le conflit que pour l’intimité. La ligne romantique, surtout, repose sur des hypothèses simplifiées de genre et de séduction. Le désir passe souvent par la protection, l’affrontement, le malentendu et la possession. La femme au centre du livre est traitée comme admirable et désirable, mais aussi comme un prix autour duquel l’action masculine se structure. Cela ne rend pas la romance illisible. Cela signifie simplement que le monde émotionnel est plus étroit que la prémisse pourrait le laisser croire.

Les lecteurs qui recherchent une fiction spéculative ancienne avec un enjeu social plus développé et moins d’emprise sur le schéma héroïque de complaisance trouveront probablement The Time Machine plus satisfaisant sur le plan analytique. Wells condense davantage de pensée en moins de pages, même s’il propose une aventure moins flamboyante.

Les Mahars, la hiérarchie des espèces et l’imaginaire colonial du roman

Voici la section qu’une critique professionnelle ne peut éviter. At the Earth's Core est saturé de hiérarchie. Les Mahars règnent par l’intelligence, la télépathie, des rituels de pouvoir et l’esclavage. Les Sagoths agissent comme des exécuteurs brutaux. Les groupes humains sont divisés en tribus, en rangs et en degrés d’utilité. Burroughs fonde son drame sur la domination et la révolte, ce qui signifie que le livre ne devient jamais politiquement innocent, même lorsqu’il est le plus enthousiaste.

La politique des espèces du roman est particulièrement révélatrice. Burroughs imagine Pellucidar selon une échelle des êtres : certains civilisés, d’autres sauvages, certains rusés, certains forts, certains faits pour gouverner, d’autres faits pour être gouvernés. C’est pourquoi l’aventure demeure, utilement, inconfortable. Le récit veut clairement que le lecteur déteste la tyrannie quand les héros la subissent, mais il se montre beaucoup moins prêt à interroger la hiérarchie en soi. Le texte oppose à répétition de mauvais gouvernants des gouvernants meilleurs, une maîtrise cruelle à une maîtrise légitime, plutôt que domination et réciprocité.

Cette logique est profondément liée à la tradition de l’aventure coloniale. Le plaisir d’entrer dans un monde inconnu se double du plaisir de le trier, de le juger et, au final, de le réorganiser. L’ascension de David est présentée comme une résistance à l’oppression, mais aussi comme la montée d’un homme capable qui devient naturellement chef parmi des peuples prétendument moins organisés. Le livre n’interroge pas ce fantasme : il en dépend.

Le traitement du genre relève de cette même structure. Les femmes sont menacées, convoitées, échangées symboliquement, défendues, idéalisées, et souvent évoquées de manière à rendre leur valeur inséparable de la beauté et de la possession. Le roman ne traite pas la coercition à la légère, mais n’échappe pas non plus à l’habitude de construire les enjeux affectifs à partir de la vulnérabilité féminine et de l’appropriation masculine. Pour certains lecteurs, c’est là l’aspect le plus difficile à accepter sans irritation.

Rien de tout cela ne retire au roman tout intérêt critique aujourd’hui. Bien au contraire, une des raisons de sa lecture actuelle est que ses plaisirs et ses préjugés y sont tous deux très visibles. Un livre plus propre, davantage auto-protecteur, serait sans doute plus facile à excuser et plus difficile à comprendre. At the Earth's Core permet à un lecteur moderne de voir la fiction pulp ancienne penser à voix haute la civilisation, la sauvagerie, la valeur codée par la race, le sexe, la force et le commandement. De ce point de vue, il peut être placé avec profit à côté de The War of the Worlds, où H. G. Wells retourne la confiance impériale sur elle-même au lieu de la déplacer simplement sous terre.

Le rythme sériel est la grande force du roman et l’une de ses limites artistiques

La carrière initiale en feuilleton du livre compte. Burroughs écrit comme si chaque phase de relative accalmie n’existait que pour préparer l’inversion suivante. Les personnages sont capturés, s’échappent, sont de nouveau capturés, concluent des alliances, les perdent, se retrouvent, puis repartent vers une confrontation nouvelle. Ce schéma donne au roman une vraie montée en puissance. Même les lecteurs qui en perçoivent les coutures peuvent sentir la propulsion. Burroughs ne s’attarde guère assez longtemps pour que l’inertie s’installe.

À son meilleur niveau, cette cadence est exaltante. Le roman saisit la logique de la tension au bord de la falaise. Burroughs garde des scènes courtes, des enjeux clairs et des antagonismes lisibles. Il sait comment pousser le lecteur d’un danger au suivant sans sur-explication. Dans une culture littéraire où beaucoup de récits spéculatifs anciens peuvent sembler cérémoniels ou surchargés, At the Earth's Core conserve une étonnante légèreté de mouvement.

Mais la vitesse ne résout pas tout. La même énergie sérielle qui rend le roman excitant le rend aussi répétitif et parfois négligent. Les coïncidences sont fréquentes. Les virages émotionnels peuvent être abrupts. La réflexion reste minimale. Le style sert souvent de système de distribution à l’événement plutôt que de source autonome de plaisir. Les lecteurs qui attendent du langage qu’il fasse davantage que les conduire vers le prochain combat, la prochaine poursuite ou la prochaine révélation peuvent ressortir avec un sentiment de sous-nourrissement.

Ce compromis est central pour la place de Burroughs dans l’histoire du genre. Il n’est pas l’un des grands stylistes de la fiction spéculative ancienne. Il est l’un des grands accélérateurs. Il a découvert, avec une assurance rare, combien de distance imaginative peut être extraite d’une prémisse vive associée à une pression narrative implacable. Cette méthode influencerait plus tard la pulp, la bande dessinée, le feuilleton au cinéma et la fantasy d’aventure bien au-delà des mécanismes spécifiques de Pellucidar.

Qui devrait lire At the Earth's Core aujourd’hui

C’est une recommandation solide pour les lecteurs intéressés par les racines de la littérature classique et de l’aventure spéculative ancienne, surtout si l’intérêt réside dans l’observation d’un mécanisme de genre influent presque exposé à vue. Le roman est aussi gratifiant pour ceux qui peuvent maintenir deux jugements en même temps : qu’un livre peut être passionnant et historiquement important, et que ses postulats sur la hiérarchie, la race, le genre et la civilisation peuvent être grossiers ou troublants.

Il conviendra moins à des lecteurs qui ont besoin d’une caractérisation riche, d’une prose élégante ou d’une subtilité morale soutenue avant d’accrocher à une intrigue. Burroughs offre plus facilement des situations saisissantes que de la profondeur intériorisée. Il excelle à faire tourner la page. Il est beaucoup moins constant quand il s’agit de rendre chaque évolution émotionnellement ou philosophiquement méritée.

Il n’est pas non plus le meilleur point d’entrée pour des lecteurs qui veulent que les classiques d’aventure perdue ou de science-fiction critiquent l’empire plus directement qu’ils ne le reproduisent. Le roman peut parfaitement porter une lecture critique, mais il ne mène pas cette critique à la place du lecteur. L’aborder comme une simple promenade sans conséquence, c’est manquer une partie essentielle de ce qui se joue vraiment dans le texte.

Le lecteur idéal est donc celui qui s’intéresse à la formation des genres : comment la fiction d’aventure a appris à aller si vite, comment des prémisses fantaisistes peuvent compenser une plausibilité mince par la seule force du rythme, et comment la narration populaire a transporté d’anciens fantasmes de commandement vers des cadres spéculatifs neufs.

Que lire après At the Earth's Core

La comparaison la plus pertinente dépend de ce qui frappe le plus ici. Si l’attraction principale est le talent de Burroughs pour le mouvement emporté à travers un monde fortement marqué, la critique d’A Princess of Mars reste le compagnon le plus clair. Elle partage le goût pour l’épreuve intensifiée, la centralité héroïque et le cadre exotisé, même si la romance planétaire y donne une couleur différente au spectacle.

Si l’attrait va plutôt à l’aventure préhistorique qu’à Burroughs lui-même, The Lost World propose une version plus contrôlée de la fiction d’expédition, avec davantage de discipline et moins d’énergie maniaque. Si l’intérêt réel porte sur la façon dont la fiction spéculative ancienne peut convertir des prémisses étranges en argument social, The Time Machine et The War of the Worlds offrent toutes deux une intelligence politique plus acérée, même au prix d’une part moindre d’exubérance brute.

Et si l’objectif plus large est simplement de poursuivre la science-fiction, ce roman fonctionne bien comme texte charnière. Il se situe entre la romance scientifique du XIXᵉ siècle, l’aventure impériale et les formes plus ouvertement pulp qui s’épanouiront ensuite. Lire en débord en partant de lui aide à clarifier combien le plaisir du genre et l’héritage idéologique voyagent souvent ensemble.

Bilan final

At the Earth's Core fonctionne encore, mais sous conditions précises. Il ne faut pas l’aborder comme un chef-d’œuvre poli de style ou comme un divertissement moralement neutre. C’est un roman d’aventure puissant et influent dont les vertus principales sont la vitesse, le cadre et un appétit narratif sans frein. Burroughs sait rendre productive une prémisse étrange jusqu’au bout de l’action, et cette compétence demeure réelle.

Ses limites sont tout aussi réelles. La caractérisation reste surtout instrumentale. La romance est restreinte par une logique de genre possessive. La prose est acceptable plutôt que distinguée. Surtout, la puissance imaginative du roman reste liée à la hiérarchie des espèces, à l’esclavage et aux postulats de l’aventure coloniale, qui exigent une analyse critique plutôt qu’un camouflage nostalgique.

Cette combinaison explique précisément pourquoi le livre mérite encore d’être lu et critiqué. Il demeure vivant comme pulp, vivant comme influence et vivant comme preuve. Pour les lecteurs prêts à l’affronter de manière critique, At the Earth's Core offre non seulement un voyage rapide vers Pellucidar, mais un regard net sur ce que l’excitation des genres naissants pouvait inclure, justifier et alimenter à la fois.

Pour situer At the Earth's Core dans le catalogue, consultez aussi les catégories de critiques.

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