Critique de livre

Critique de Llana of Gathol (Mars #10)

Cette critique de Llana of Gathol (Mars #10) évalue le Barsoom tardif d’Edgar Rice Burroughs comme une romance planétaire en épisodes, faite de poursuite, de captivité, de cités disparues et de spectacle sériel, avec des repères pour le lectorat, des forces, des réserves.

Auteur
Edgar Rice Burroughs
Première publication
1948
Couverture de Llana of Gathol (Mars #10)
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/works/OL1417975W

Cette critique de Llana of Gathol (Mars #10) soutient que le roman tardif de Barsoom signé Edgar Rice Burroughs doit être lu non comme un nouveau départ ni comme une réinvention majeure, mais comme un retour assuré à un univers que l’auteur sait déjà exploiter. Construit comme une suite d’aventures liées plutôt que comme une seule courbe dramatique progressivement ascendante, il offre les plaisirs familiers de la poursuite, de la capture, du déguisement, des cités cachées et des évasions impossibles avec une vraie efficacité de professionnel. Il rend aussi impossibles à ignorer les limites du Barsoom tardif : la répétition se voit, la caractérisation reste ample, et les présupposés du livre sur le genre, la hiérarchie et la valeur des civilisations doivent être affrontés directement plutôt qu’écartés comme un simple papier peint pulp inoffensif.

critique de Llana of Gathol (Mars #10) : un roman tardif de Barsoom porté par le péril sériel et une assurance d’un autre âge

Cette critique de Llana of Gathol (Mars #10) examine un roman tardif de Barsoom porté par le péril sériel.

La manière la plus utile d’aborder Llana of Gathol est d’accepter qu’il appartienne à l’après-vie de la magie originelle de Barsoom. Le grand moment d’ouverture imaginative de la série est arrivé plus tôt, notamment dans A Princess of Mars, où la planète elle-même surgit encore comme une révélation. Lorsque Burroughs atteint ce dixième livre martien, la tâche a changé. Il n’a plus besoin de convaincre le lecteur que Barsoom peut soutenir une romance héroïque. Il doit prouver que le mécanisme peut encore produire de l’excitation une fois le monde devenu familier.

En ce sens, le roman réussit davantage que sa réputation ne le laisserait croire. Il ne figure pas parmi les livres les plus resserrés de Burroughs, et ce n’est certainement pas le plus riche émotionnellement, mais il sait maintenir la tension. Chaque épisode place John Carter et ceux qui l’entourent dans une nouvelle configuration de danger, impliquant souvent enlèvement, dissimulation, erreur d’identité, menace cérémonielle ou quelque enclave isolée d’étrangeté barsoomienne. Le résultat n’est pas cumulatif au sens d’une fin de trilogie particulièrement forte. Il est modulaire. Mais modulaire ne signifie pas inerte. Ici, cela veut dire que Burroughs peut sans cesse renouveler l’angle d’attaque.

Cette structure est d’autant plus importante que le roman paraît assez tard dans le cycle de Barsoom pour que la mémoire de la franchise fasse partie de l’expérience. Les lecteurs ne viennent pas seulement pour la première découverte. Ils viennent pour le retour, la reconnaissance et la variation. Burroughs comprend cela instinctivement. Il écrit avec la confiance de quelqu’un qui sait que le lecteur acceptera les vieux codes de l’honneur, les sauvetages héroïques, les périls improbables et les cités-États théâtrales sans demander beaucoup d’excuses ni d’explications. Quand cette assurance fonctionne, elle produit cette sensation familière de Barsoom d’être porté en avant par la conviction plus que par la vraisemblance.

La thèse du livre n’est donc pas que Mars recèle encore une dernière grande révélation philosophique. C’est que Barsoom demeure une scène superbe pour l’épreuve. Llana of Gathol survit parce que Burroughs sait encore mettre en scène l’épreuve vite et vivement, même après que le monde a depuis longtemps cessé de feindre une rigueur scientifique.

Ce qui rend cette entrée tardive de Barsoom singulière

Ce qui distingue Llana of Gathol des premiers romans plus forts de Barsoom n’est pas la profondeur, mais l’agencement. Il s’agit en pratique d’un montage de récits liés, et cela compte beaucoup pour l’expérience de lecture. Au lieu de donner l’impression d’un moteur unique menant à une destination climactique précise, le livre ressemble à une chaîne de zones de danger. Chaque segment offre à Burroughs un environnement neuf, une nouvelle structure de pouvoir locale et une manière fraîche de transformer le suspense en mouvement. Cela peut donner au roman un air légèrement fragmenté, mais cela l’empêche aussi de devenir simplement routinier.

L’autre trait distinctif est la figure titulaire elle-même. Llana compte non parce que Burroughs devient soudain un romancier de l’intériorité féminine complexe, ce qu’il n’est pas, mais parce que sa présence aide à organiser le livre autour de la romance dynastique, de l’héritage et de la vulnérabilité récurrente. Elle n’est pas un simple nom décoratif collé à la couverture. Elle participe à cette impression que l’imaginaire tardif de Barsoom est plus courtois et plus attentif à la lignée que les premières aventures de John Carter. Le livre revient sans cesse sur les enjeux de statut, de mariage, de revendication, de sauvetage et de danger public.

Cela dit, il faut veiller à ne pas présenter cela comme une expansion progressiste. Burroughs n’utilise pas Llana pour repenser en profondeur la logique de genre de la série. Plus souvent, il s’en sert pour l’intensifier. La femme menacée, la lignée nobiliaire assiégée, l’union menacée et le sauvetage urgent deviennent autant de moyens de relancer l’ancien mécanisme de Barsoom. Le roman tire de l’énergie de ce dispositif, mais il révèle aussi à quel point la série dépend souvent du fait de placer les femmes au centre du péril tout en laissant aux hommes l’espace central de l’action.

Malgré tout, le livre possède un charme tardif bien réel. Burroughs semble ici moins intéressé par une vaste montée cosmologique que par le plaisir de l’invention locale. Des implantations étranges, des espaces clos, des communautés cachées et des formes ritualisées de danger arrivent non comme de la science dure, mais comme du théâtre sériel. C’est là que le roman mérite d’être rapproché de The Chessmen of Mars, autre volume de Barsoom dont les plaisirs viennent moins d’un premier contact que de la manière dont Burroughs varie sa propre formule à travers des morceaux de bravoure distinctifs et des structures de menace autonomes.

Forces : mouvement, atmosphère et durabilité du moteur Barsoom

La première force est l’élan. Burroughs reste très doué pour cette vieille vertu de magazine qui consiste à clore un danger juste à temps pour en révéler un autre. Il sait quand couper, quand séparer les personnages, quand pousser une poursuite dans un piège et quand transformer une coutume locale en complication de vie ou de mort. La prose est encore simple, mais cette simplicité n’est pas un défaut dans ce registre. Elle aide le livre à avancer. Llana of Gathol s’arrête rarement pour se contempler longtemps.

La deuxième force est l’efficacité atmosphérique. Burroughs n’est pas, au sens moderne de la science-fiction, un constructeur de systèmes minutieux. Il s’intéresse bien davantage aux environnements dramatiques emblématiques qu’aux explications spéculatives rigoureuses. Mais ce sont précisément les environnements emblématiques dont la romance planétaire a souvent besoin. La cité cachée, la ruine inquiétante, la menace enfermée, l’itinéraire de transit rude, l’arène cérémonielle : ce sont les espaces dans lesquels Barsoom devient immédiatement lisible et émotionnellement intensifié. Le roman ne rend pas Mars plausible. Il le rend scéniquement convaincant.

La troisième force est la solidité de la franchise. Les livres tardifs sont souvent révélateurs parce qu’ils montrent si un monde inventé peut encore produire des variations significatives une fois passé le choc fondateur. Llana of Gathol répond oui, mais avec des réserves. Il prouve que Barsoom peut encore fonctionner comme moteur de divertissement longtemps après la phase de découverte initiale. Les lecteurs qui s’intéressent à l’art du récit populaire trouveront cela intéressant en soi. Burroughs comprend qu’une fois un monde établi, le défi n’est pas de le redécrire depuis le début. Le défi consiste à continuer de trouver de nouvelles manières d’y enfermer corps, motifs et fidélités.

Le livre possède aussi une force plus discrète dans son ampleur. Parce que les aventures sont liées plutôt que fondues dans une seule courbe continue, le roman donne souvent l’impression d’une visite guidée des habitudes tardives de Burroughs. On y voit ce en quoi il continue d’avoir confiance : les renversements rapides, la lisibilité morale large, la décision martiale, le prestige familial et un danger organisé autour de compagnons séparés qu’il faut retrouver. Cette visibilité rend le livre utile non seulement comme divertissement, mais aussi comme trace de la manière dont un conteur pulp arrivé à maturité fait durer un univers au long cours sans prétendre que chaque nouvel épisode doive réinventer l’art entier.

Les lecteurs qui ont apprécié l’efficacité alerte de A Fighting Man Of Mars reconnaîtront probablement ici certaines des mêmes vertus. Les deux romans montrent Burroughs dans un mode tardif, moins fondé sur l’émerveillement des origines que sur la gestion disciplinée du péril, du trajet et de la délivrance.

Réserves : répétition, caractérisation mince et coût de la logique de sauvetage du livre

La limitation la plus nette est la répétition. Comme le roman est construit à partir d’aventures liées, il peut donner l’impression que certaines mécaniques sont réactivées plutôt que développées. Captivité, évasion, séparation, déguisement, menace, sauvetage et nouvelle captivité reviennent si souvent que le schéma devient visible. Certains lecteurs trouveront ce rituel rassurant ; d’autres verront la machine affleurer sous le placage. Ce n’est pas l’un des livres les plus surprenants de Burroughs.

La deuxième limite est la caractérisation. Burroughs sait encore dessiner une silhouette héroïque nette, mais il s’intéresse rarement à une intériorité nuancée. Les personnages sont courageux, traîtres, loyaux, impérieux, nobles, lâches, lascifs ou constants, dessinés à grands traits nets. Ils deviennent rarement psychologiquement difficiles. C’est normal dans Barsoom, mais cela compte davantage dans un roman de montage tardif, parce que le lecteur bénéficie moins de l’énergie inaugurale qui rendait autrefois l’archétype presque enivrant. Dans Llana of Gathol, la caractérisation large peut parfois ressembler à une habitude d’auteur plutôt qu’à une compression mythique délibérée.

La troisième limite est que la structure de genre du livre n’est pas simplement vieillotte au sens vague et décoratif du terme. Son usage répété de la captivité, du mariage menacé, du péril public et du sauvetage comme carburant dramatique a des conséquences. Le roman tire une grande partie de son énergie de l’exposition de la vulnérabilité féminine à l’intérieur d’un mécanisme d’aventure héroïque. Cela ne le rend pas illisible, mais cela le rend étroit. Les lecteurs qui veulent que les femmes, dans l’aventure pulp, fonctionnent comme des acteurs stratégiques à part entière plutôt que comme des enjeux récurrents pourront trouver le livre plus lassant qu’excitant.

C’est aussi pourquoi Llana of Gathol est un mauvais premier arrêt pour les lecteurs sceptiques qui veulent vérifier si Burroughs deviendrait secrètement plus subtil à la fin de la série. Ce n’est pas le cas, du moins pas dans le sens où de nombreux lecteurs contemporains entendent la subtilité. Si vous voulez l’expérience centrale de Barsoom dans sa forme la plus claire, A Princess of Mars reste la meilleure introduction. Si vous voulez une variation tardive de Barsoom avec une idée formelle plus évidente, The Chessmen of Mars risque de laisser une impression plus vive.

Genre, hiérarchie des espèces et aventure impériale : comment lire le roman honnêtement

Toute évaluation responsable de Llana of Gathol doit dire clairement que ses éléments datés sont structurels, non accidentels. Barsoom repose sur des peuples classés, sur le prestige martial, sur l’autorité héréditaire et sur l’idée récurrente qu’un commandement ferme est à la fois séduisant et clarificateur pour la civilisation. La conception des espèces et des cultures dans ces livres fonctionne souvent selon une hiérarchie codée par la race. Les groupes sont rapidement différenciés, la valeur morale est souvent simplifiée, et le fantasme d’un pouvoir noble est rarement soumis à un véritable doute démocratique.

Cela importe parce que les plaisirs du roman viennent en partie de ces simplifications. Burroughs peut avancer si vite parce qu’il ne passe pas beaucoup de temps à honorer l’ambiguïté. Le monde est organisé en oppositions dramatiques : l’honorable et le traître, le légitime et l’usurpateur, le civilisé et le dégradé, le protecteur et le captif. Ces binarités rendent l’aventure efficace. Elles rendent aussi le livre idéologiquement étroit. Les lecteurs ne devraient pas faire semblant qu’un peu de distance historique dissout le problème.

Le genre fonctionne de manière similaire. Le roman traite souvent la noblesse féminine comme précieuse, menacée et symboliquement centrale, mais cela n’équivaut pas à accorder aux femmes une liberté imaginative égale. La figure de la princesse gagne en importance cérémonielle tout en étant sans cesse placée dans la position d’une personne qu’il faut poursuivre, posséder, défendre ou sauver. Cela peut produire un véritable suspense dans les termes du pulp, mais cela révèle aussi à quel point la formule de Barsoom repose sur une vulnérabilité féminine publique pour générer l’action héroïque masculine.

La dimension impériale doit elle aussi rester à l’esprit. L’aventure barsoomienne ne se superpose pas proprement à un empire terrestre particulier, mais elle partage l’ancien appétit de la romance coloniale pour les territoires exotisés, les peuples hiérarchisés, la traversée martiale et la conviction qu’un courage supérieur légitime le commandement. La planète devient un champ à travers lequel des corps nobles se déplacent avec décision et souvent avec légitimité. Ce fantasme fait partie de l’ADN historique du registre. Bien lire le roman, c’est voir ensemble le frisson et la compression politique.

Pour certains lecteurs, cette distance critique approfondira le livre en rendant ses présupposés visibles. Pour d’autres, elle le rendra trop rigide pour être aimé. Les deux réactions sont légitimes. L’essentiel n’est pas d’adoucir le livre pour en faire quelque chose qu’il n’est pas. Llana of Gathol reste lisible et parfois très divertissant, mais il divertit d’une manière inséparable des hiérarchies pulp du début du siècle.

Adéquation au lectorat : qui devrait le lire et qui devrait l’éviter

Ce livre convient particulièrement aux lecteurs qui savent déjà qu’ils aiment Barsoom et qui veulent voir comment Burroughs maintient ce monde vivant à la fin de la série. Si vous aimez la romance planétaire comme forme de mouvement constant, de péril exotique, de romance dynastique et de danger à la fois cérémoniel et intensifié, il y a encore ici beaucoup à apprécier. Le livre convient aussi aux lecteurs intéressés par les mécanismes du récit sériel, parce qu’il montre un écrivain populaire expérimenté qui trouve de nouveaux foyers d’excitation dans une invention de longue durée.

Il convient également aux lecteurs de littérature classique qui n’exigent pas de toute œuvre ancienne qu’elle se justifie par le raffinement. La valeur de Burroughs tient rarement au raffinement. Elle tient à la vitesse, à l’image et à l’influence. Llana of Gathol offre ces trois dimensions, même si l’influence apparaît plus nettement lorsque l’on connaît déjà les livres antérieurs ou la tradition plus large qu’ils ont contribué à façonner.

C’est un choix moins adapté aux nouveaux venus qui veulent un seul roman de Barsoom pour comprendre pourquoi la série comptait. Ce livre suppose trop de bienveillance héritée pour remplir ce rôle. Il convient aussi moins aux lecteurs qui ont besoin d’une psychologie dense, d’une nuance sociale ou d’une conception spéculative intellectuellement rigoureuse. Burroughs n’essaie pas de modéliser un avenir à la manière de romans martiens plus tardifs tels que The Martian Chronicles ou d’autres branches plus réflexives du genre. Il utilise Mars comme un champ d’aventure exalté.

Enfin, il peut mal convenir aux lecteurs qui tolèrent mal les intrigues fondées sur la captivité ou les récits dont la politique du genre reste attachée au fantasme du sauvetage. Le livre peut encore valoir quelque chose sur le plan historique ou comparatif, mais le plafond du plaisir sera plus bas si ces structures épuisent immédiatement votre intérêt.

Place dans Barsoom et dans l’histoire de la romance planétaire

Une raison de maintenir Llana of Gathol en circulation est qu’il aide à clarifier ce qui arrive à la romance planétaire une fois que l’invention devient franchise. Le Barsoom initial est porté par la découverte. Le Barsoom du milieu de carrière fonctionne souvent sur l’élaboration et la variation. Le Barsoom tardif, tel qu’on le voit ici, dépend de la capacité du conteur à faire encore sentir qu’un monde déjà connu peut être théâtralement dangereux. Burroughs réussit ce test assez souvent pour justifier la place du livre, même s’il ne surprend plus avec la force des premiers romans.

Cela rend Llana of Gathol historiquement intéressant au-delà de son intrigue immédiate. Il montre comment l’aventure voisine de la science-fiction fonctionnait autrefois comme forme populaire. La planète n’est pas traitée comme un environnement argumenté scientifiquement. Elle est traitée comme un amplificateur dramatique. L’éloignement de la Terre permet des couleurs plus vives, des codes plus nets, des cités plus étranges, des conflits plus spectaculaires et une tolérance accrue au hasard. En termes de genre contemporains, cela relève plus de la romance planétaire que de la science-fiction dure ou sociologique, et cette distinction compte.

Vu à côté de A Princess of Mars, le roman montre ce qui se perd et ce qui se gagne avec le temps. Le premier livre possède davantage d’enivrement lié au premier contact et une force historique de genre plus évidente. Llana of Gathol a moins de découverte, mais il montre à quel point la grammaire de Barsoom est devenue réutilisable. Vu à côté de A Fighting Man Of Mars, il s’inscrit dans le tableau d’un Burroughs tardif, opérateur du danger hautement exercé plutôt qu’innovateur fébrile. Vu à côté de The Chessmen of Mars, il montre un autre type de variation tardive : moins façonnée par un grand principe ostensible, davantage par des poches de péril liées entre elles.

Cela suffit à donner au livre une vraie valeur de catalogue. Toute critique valable n’a pas besoin de défendre un titre comme un chef-d’œuvre. Parfois, un livre compte parce qu’il éclaire un mode, une phase de carrière ou une habitude de narration qui a marqué la fiction populaire ultérieure. Llana of Gathol fait exactement cela.

Que lire ensuite si celui-ci vous plaît

Si ce que vous voulez est l’expérience fondatrice de Barsoom à pleine intensité imaginative, allez directement à A Princess of Mars. Il reste le portail le plus net vers les forces et les limites de Burroughs, parce que la découverte elle-même fait encore partie du plaisir.

Si vous voulez un autre roman tardif de Barsoom dont la gestion de l’action est particulièrement nette, A Fighting Man Of Mars constitue un excellent pas suivant. Il partage avec le Burroughs tardif cette priorité donnée au mouvement, au danger tactique et à l’efficacité professionnelle du pulp.

Si c’est la manière dont Burroughs varie sa formule par un jeu formel explicite qui vous intéresse le plus, The Chessmen of Mars est la meilleure comparaison. Son principe central lui donne une silhouette immédiatement plus singulière que Llana of Gathol.

Et si ce roman vous rend surtout curieux de voir comment des écrivains ultérieurs ont transformé Mars d’un terrain de cape et d’épée en espace d’imagination plus réflexif, parcourez la vaste étagère de science fiction et envisagez des livres martiens en dehors de l’orbite directe de Burroughs. Ce contraste est souvent le moyen le plus rapide de comprendre à la fois pourquoi Barsoom a compté et pourquoi la fiction spéculative ultérieure a dû devenir plus complexe sur les plans psychologique et politique.

Verdict final

Llana of Gathol n’est pas un chef-d’œuvre tardif caché, et ce n’est pas non plus le roman de Barsoom par lequel la plupart des lecteurs devraient commencer. C’est en revanche une pièce solide et révélatrice du Burroughs tardif : un livre qui sait encore produire vitesse, image et péril à partir d’un monde très éprouvé. Sa structure en aventures liées maintient l’action suffisamment fraîche, ses inventions locales donnent à Mars une vie théâtrale récurrente, et sa confiance de divertissement pulp reste facile à sentir.

Ses limites sont tout aussi nettes. La caractérisation est mince, la mécanique du sauvetage devient répétitive, et les présupposés genrés, hiérarchiques et impériaux du roman ne sont pas des vestiges décoratifs mais des éléments actifs du fantasme. Les lecteurs capables de garder ces faits à l’esprit pourront encore trouver le livre gratifiant, surtout comme fenêtre sur la manière dont la romance planétaire au long cours se maintient après son premier jaillissement de merveille.

Le jugement final est donc mesuré mais positif. Lisez Llana of Gathol si vous avez déjà un certain appétit pour Barsoom, pour l’aventure pulp classique ou pour l’histoire des formes de divertissement spéculatif. Passez-le si vous voulez que votre fiction martienne commence par la profondeur psychologique ou par l’autocritique politique. Burroughs fait ici quelque chose de plus ancien, de plus étroit, et pourtant, dans le bon registre, indéniablement efficace.

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