Critique de livre

Critique de The Better Angels of Our Nature

Cette critique de The Better Angels of Our Nature propose un guide critique professionnel de l’ouvrage de Steven Pinker, avec contexte de lectorat, forces, réserves et pistes de lecture associées.

Auteur
Steven Pinker
Première publication
2011
Couverture de The Better Angels of Our Nature
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/works/OL16239379W

critique de The Better Angels of Our Nature

Toute critique de The Better Angels of Our Nature qui se veut sérieuse doit commencer par un aveu qui est aussi un avertissement : Steven Pinker tente quelque chose d’inhabituellement vaste, et l’ampleur de cette tentative crée à la fois la force du livre et sa fragilité. Il veut soutenir que la violence, lorsqu’on la considère sur de longues périodes et à travers plusieurs catégories de conflits humains, a souvent diminué plutôt que de s’intensifier régulièrement. C’est une affirmation audacieuse en toute époque. Elle l’est d’autant plus qu’elle demande aux lecteurs de se méfier de l’autorité émotionnelle de l’immédiateté et d’examiner des régularités qui n’apparaissent qu’à l’échelle des civilisations.

C’est cette ambition qui explique pourquoi le livre compte encore. Il ne s’agit pas simplement d’un plaidoyer pour la bonne humeur, ni d’un sermon naïf sur la bonté humaine. Dans ses meilleurs passages, c’est un vaste argument synthétique sur les institutions, les incitations, les normes et les conditions dans lesquelles les êtres humains peuvent devenir moins enclins à tuer, torturer, piller, punir et brutaliser autrui dans certains contextes. Dans ses passages les plus faibles, il peut sembler plus définitif que ne le permet le socle de preuves, surtout lorsque des formes de violence disparates sont agrégées en un seul récit général du progrès.

Le jugement professionnel juste se situe entre les deux. The Better Angels of Our Nature est une œuvre sérieuse, souvent éclairante, de macro-histoire et de débat public, mais elle doit être lue comme une synthèse contestée plutôt que comme une démonstration finale. Les lecteurs qui l’abordent comme une thèse disciplinée à tester en tireront bien davantage que ceux qui la prennent pour la preuve que l’histoire penche naturellement vers des résultats plus humains. C’est aussi pourquoi elle relève pleinement de la catégorie histoire et idées : son vrai sujet n’est pas seulement la violence, mais la manière dont les lecteurs modernes construisent des récits à partir de preuves incomplètes.

Ce que Pinker cherche réellement à démontrer

Pinker n’avance pas une affirmation étroite sur un siècle, un pays ou une catégorie de crime. Il construit un faisceau d’arguments selon lesquels plusieurs formes de violence sont devenues, dans de nombreux contextes, moins fréquentes ou moins légitimes socialement sur de longues durées. L’architecture de l’argument est essentielle. Il traverse des preuves préhistoriques, l’histoire du droit, la guerre, la punition, l’agression interpersonnelle, l’ordre politique, la philosophie morale et la psychologie pour montrer que l’évolution de la violence n’est pas accidentelle. Dans son récit, elle est liée à des évolutions plus larges comme le renforcement des États, l’interdépendance commerciale, les normes de droits, l’alphabétisation, l’expansion de la sympathie et des habitudes consistant à justifier rationnellement ses positions.

Cette structure explique pourquoi le livre a autant retenu l’attention du grand public. Pinker donne aux lecteurs quelque chose que la recherche offre souvent moins : une thèse unifiée qui tente de relier l’archéologie, la démographie, l’histoire politique et la pensée morale dans un seul cadre narratif. Il propose un contrepoids à l’intuition selon laquelle l’histoire n’est guère qu’un registre de cruauté incessante. Même les lecteurs qui résistent à sa conclusion peuvent voir l’attrait du projet. Il transforme des débats dispersés en modèle intelligible.

L’entreprise comporte aussi une réelle gravité morale. Pinker ne célèbre pas la violence parce qu’elle peut être comptée ; il demande si les institutions et les normes méritent davantage de crédit pour l’avoir contenue. Cette question a une valeur civique. Si la violence peut décliner sous certaines conditions, alors l’histoire n’est pas seulement une chronique de l’horreur, mais aussi un laboratoire de la retenue. Les meilleurs chapitres du livre amènent les lecteurs à se demander quels aspects de la vie sociale réduisent la prédation et lesquels ne font que la déplacer.

Reste que l’ampleur même de l’affirmation crée des tensions. Dès lors qu’un livre prétend relier razzias tribales, exécutions publiques, violences domestiques, révolution, empire et guerre mondiale dans une seule chaîne explicative, les lecteurs doivent sans cesse se demander si les catégories sont réellement comparables. Le livre demeure le plus fort lorsqu’on le lit comme une carte d’arguments plutôt que comme une encyclopédie stabilisée de mesures.

Où le livre impressionne réellement

La première grande force est l’audace intellectuelle alliée à la lisibilité. Pinker parvient à tenir ensemble un champ argumentatif immense sans lui ôter sa forme. Cela seul est difficile. Beaucoup d’ouvrages de grande synthèse deviennent des catalogues d’exemples. Celui-ci reste un argument du début à la fin. Même les lecteurs sceptiques en sortiront probablement avec une idée plus nette des principaux leviers que Pinker juge déterminants : la formation de l’État, l’échange réciproque, les normes culturelles et l’élargissement du cercle de ceux qui sont comptés comme pleinement humains dans la morale publique.

La deuxième force est que le livre oblige les lecteurs à distinguer les échelles. Le débat public passe souvent d’un événement présent choquant à une affirmation sur l’orientation générale de la civilisation. Pinker s’oppose à ce réflexe. Il insiste sur le fait que les pics locaux, les crises nationales et les événements médiatiques frappants ne réfutent pas automatiquement les tendances de long terme. C’est une discipline intellectuelle importante, y compris pour des lecteurs qui jugent que sa synthèse va trop loin. Il inculque une habitude utile : ne pas confondre ce qui est saillant avec ce qui est typique, ni le temps présent avec le cadre le plus long disponible.

Troisièmement, le livre est solide sur le rapport entre aspiration morale et conception des institutions. Il ne réduit pas le comportement humain à la seule vertu privée. Pinker s’intéresse aux tribunaux, aux États, aux normes, aux marchés et aux transformations de l’information parce qu’il comprend que la violence n’est pas seulement l’affaire de mauvaises personnes faisant de mauvaises choses. Elle dépend aussi des types de systèmes qui récompensent la vengeance, tolèrent la domination ou limitent la prédation. Cela rend le livre plus sérieux qu’un simple texte d’optimisme.

C’est là qu’il s’accorde bien avec The Righteous Mind review. Haidt s’intéresse davantage à l’intuition morale et au conflit de groupe au niveau psychologique, tandis que Pinker cherche à expliquer comment des structures plus larges peuvent orienter les comportements au fil du temps. Lus ensemble, ces livres suggèrent que de meilleurs résultats ne naissent pas seulement du sentiment moral. Ils dépendent aussi d’institutions qui détournent ces sentiments de la représaille pour les orienter vers la procédure.

La quatrième force est rhétorique plutôt que statistique. Pinker donne aux lecteurs la permission de penser le progrès sans gêne. Dans de nombreux milieux intellectuels, tout langage d’amélioration sonne vite comme de la complaisance ou de l’esquive politique. La meilleure démarche de Pinker consiste à faire peser sur l’optimisme la charge de la preuve. Il ne dit pas que l’humanité est bonne par défaut ; il dit que certaines formes d’organisation sociale peuvent produire moins d’horreurs que d’autres. Même si un lecteur conteste finalement l’ampleur du recul, le passage du fatalisme à l’explication conditionnelle est précieux.

Où les preuves deviennent difficiles

Le principal problème n’est pas que Pinker utilise des données. C’est que les données mobilisées pour soutenir les thèses sur la violence à long terme sont inégales, partielles et souvent construites à partir de sources de nature différente. Les preuves pour une période peuvent provenir de restes squelettiques, pour une autre d’archives judiciaires, pour une autre encore de registres d’État, et pour d’autres de systèmes modernes d’enquête ou d’administration. Ces matériaux n’offrent pas la même précision, et ils ne définissent pas toujours la souffrance de la même manière. Une baisse observée dans des jeux de données construits différemment peut être réelle, mais aussi plus fragile qu’un graphique lisse ne le laisse croire.

L’incertitude de mesure compte ici à plusieurs titres. Certaines sociétés laissent des archives détaillées, d’autres non. Certaines formes de violence deviennent plus visibles à mesure que les bureaucraties se renforcent. Certaines atteintes sont plus faciles à compter lorsque les États formalisent les signalements, tandis que d’autres disparaissent dans la vie domestique, les zones frontalières, les prisons, les contraintes informelles ou les contextes coloniaux. Un registre historique peut s’améliorer non parce que la violence est nouvellement créée, mais parce que les institutions deviennent capables de la nommer. Cela n’invalide pas l’analyse des tendances, mais cela devrait inciter les lecteurs à la prudence avant de traiter l’absence de preuve comme la preuve de l’absence.

Les effets de sélection compliquent encore l’histoire. Les lieux et les périodes qui produisent les archives les plus claires sont souvent ceux qui ont déjà connu une consolidation étatique ou un développement administratif. Cela peut infléchir l’interprétation. Si la comparabilité s’améliore surtout dans des contextes où la violence est aussi régulée autrement, le lecteur doit continuer à se demander si le schéma reflète un changement de comportement, un changement de visibilité, ou les deux. Pinker reconnaît une partie de cette difficulté, mais l’élan narratif du livre peut malgré tout donner au tableau final une unité plus grande que ne l’est vraiment la base probatoire.

Il y a aussi un problème de catégories. L’homicide, la guerre, la torture, la punition des enfants, l’esclavage, le travail contraint et la domination structurelle sont des sujets liés, mais ils ne sont pas interchangeables. Une société peut réduire une forme de violence tout en en intensifiant une autre, ou rendre la violence plus bureaucratique, plus distante, ou plus légalement aseptisée sans la rendre moralement mineure. Le livre le sait par endroits, mais son grand arc pousse parfois les lecteurs à aplanir des distinctions importantes. C’est là que la prudence professionnelle est la plus nécessaire.

Optimisme, puissance de l’État et danger d’une histoire à sens unique

L’une des intuitions les plus commentées de Pinker est que des États plus forts peuvent briser les cycles de vengeance privée et rendre la vie ordinaire plus prévisible. C’est un point sérieux, et l’histoire donne bien des raisons de le prendre au sérieux. L’autorité centrale peut réduire la vendetta, le banditisme ordinaire et la coercition privée arbitraire. La procédure juridique peut être plus humaine que la vendetta. L’ordre public de base peut compter énormément.

Mais l’État n’est pas seulement un acteur pacificateur. C’est aussi l’institution la plus capable d’organiser la coercition à grande échelle. Lorsque les États monopolisent la force, ils peuvent réduire la violence interpersonnelle quotidienne tout en développant simultanément de nouvelles capacités de surveillance, de détention, de guerre, d’extraction et de cruauté bureaucratique. Un livre sur le recul de la violence doit donc garder en vue deux vérités à la fois : la consolidation de l’État peut protéger beaucoup de personnes contre la prédation privée, et la puissance étatique peut exposer des populations à un autre ordre de dommages.

C’est un endroit où l’optimisme de Pinker a besoin du contrepoids le plus fort. Il convainc souvent lorsqu’il montre que les institutions peuvent civiliser les comportements. Il convainc moins lorsqu’il traite ces mêmes institutions principalement comme des gardiennes plutôt que comme des instruments ambivalents. La violence ne disparaît pas simplement parce qu’elle devient formalisée, déléguée ou autorisée légalement. Elle peut devenir moins visible pour les groupes sociaux les plus susceptibles d’écrire l’histoire, ou moins susceptible d’être enregistrée dans les catégories mises au premier plan par le livre.

Cette tension compte aussi politiquement. Les lecteurs trop pressés d’adhérer à un récit du progrès peuvent utiliser ce livre pour se convaincre que les systèmes modernes s’autorégulent largement. Ce n’est pas la manière la plus intelligente de le lire. La lecture la plus rigoureuse est conditionnelle : si certaines institutions ont historiquement réduit certaines formes de brutalité, quelles institutions l’ont fait, pour qui, à quel coût et avec quelles exclusions ? Ces questions gardent le livre utile. Sans elles, l’optimisme dérive vers la complaisance.

Si vous cherchez un compagnon qui résiste aux récits de développement trop bien ordonnés, The Dawn of Everything review est une étape suivante particulièrement utile. Graeber et Wengrow ne répondent pas à Pinker point par point, mais ils sont précieux parce qu’ils rouvrent les questions de variabilité sociale, de choix politique et de contingence historique qu’un seul arc de progrès peut sous-estimer.

La critique méthodologique que le livre appelle, et pourquoi cela ne le rend pas trivial

La critique la plus crédible de The Better Angels of Our Nature est méthodologique plutôt qu’idéologique. Les critiques n’ont pas besoin de nier que certaines formes de violence ont reculé pour questionner la manière dont Pinker prouve l’ampleur, l’uniformité ou les causes de ce recul. Historiens et spécialistes des sciences sociales insistent souvent sur trois problèmes : la sur-agrégation, l’incertitude des points de départ et la netteté explicative. En termes simples, ils craignent que le livre regroupe parfois trop d’histoires différentes en un seul grand résultat, puis explique ce résultat avec davantage de confiance que ne le permet la preuve.

La sur-agrégation est le problème le plus facile à voir. Lorsqu’un ouvrage passe rapidement de la punition médiévale à la guerre interétatique puis à la discipline domestique, il peut suggérer une cohérence qui n’existe peut-être pas en dehors de son architecture. Le lecteur obtient un argument élégant, mais les phénomènes sous-jacents peuvent fonctionner selon des mécanismes et des rythmes temporels différents. Le recul d’un domaine ne valide pas automatiquement le même récit dans un autre.

L’incertitude des points de départ est tout aussi importante. Les affirmations sur l’amélioration à long terme dépendent du point de départ de la courbe, des populations visibles et des dommages admis dans le cadre d’analyse. Si les points de départ sont reconstruits avec des preuves limitées, alors les comparaisons finales doivent être interprétées avec une prudence proportionnée. Un passé observé de façon faible peut faire paraître le présent plus propre ou plus spectaculaire qu’il ne le serait avec une meilleure visibilité.

Le troisième problème est la netteté explicative. Pinker est un synthétiseur brillant, ce qui lui permet de faire paraître intuitivement ordonnées des interactions complexes. Mais l’histoire n’est pas toujours ordonnée. Le changement social est irrégulier, réversible et inégal selon les régions. Plus le récit devient élégant, plus les lecteurs devraient se demander ce qui a été lissé pour préserver cette élégance. C’est pourquoi le livre se prête utilement à une lecture parallèle de The Structure of Scientific Revolutions review. Kuhn est précieux ici parce qu’il rappelle que les cadres ne se contentent pas de décrire les preuves ; ils façonnent aussi ce qui compte, d’emblée, comme preuve convaincante.

Rien de tout cela ne réduit le travail de Pinker à une thèse creuse. Le livre reste important parce qu’il déplace le désaccord sur un terrain méthodologique explicite. Au lieu d’argumenter seulement à partir de l’humeur, les lecteurs doivent débattre d’échelle, de comparabilité, de causalité et d’interprétation morale. C’est une réalisation significative. Un livre plus faible ne survivrait pas à un tel niveau d’examen. Celui de Pinker y survit, même s’il n’en sort pas inchangé.

Pour qui le livre est-il pertinent, et qui devrait rester prudent

C’est un bon livre pour les lecteurs qui veulent tester de grandes affirmations historiques sans être protégés du conflit intellectuel. Il convient particulièrement aux généralistes attentifs aux politiques publiques, aux lecteurs interdisciplinaires et aux groupes de discussion capables de tolérer des désaccords méthodologiques. Si ce qui vous intéresse est la manière dont les institutions, les normes et le récit historique interagissent, le livre offre un terrain riche et exigeant.

C’est aussi un bon choix pour les lecteurs qui sont intellectuellement allergiques au pessimisme automatique. Non pas parce que le livre prouve que tout va bien, mais parce qu’il insiste sur le fait que le désespoir devrait être soumis à la même norme de preuve que l’optimisme. Ce défi peut affiner la pensée publique. Beaucoup de gens héritent d’une vision catastrophiste par osmose. Pinker leur demande d’examiner si leur horizon temporel n’est pas trop court et si leur mémoire morale n’est pas trop sélective.

Les lecteurs devraient toutefois rester prudents s’ils veulent une étude spécialisée et circonscrite. Ce n’est pas une histoire régionale, ni un travail centré sur une seule catégorie de violence, ni une monographie méthodologique. C’est une synthèse. Si vous avez besoin d’un traitement précis d’une période, d’un fonds d’archives ou d’une discipline, ce livre vous paraîtra trop ample. Il peut aussi frustrer les lecteurs sensibles à la manière dont les arguments macro peuvent faire passer les violences coloniales, raciales, domestiques et institutionnelles au second plan tout en mettant en avant les catégories qui servent le mieux la ligne principale de l’argument.

Pour la causalité institutionnelle et les conséquences politiques de la conception des institutions, Why Nations Fail review est un compagnon utile. Pour une porte d’entrée plus large vers des synthèses ambitieuses mais contestables, Sapiens offre une comparaison révélatrice. Ces livres diffèrent par leur sujet et leur style, mais ils partagent tous une difficulté centrale : ils sont les plus forts lorsqu’ils élargissent les questions du lecteur, et les plus faibles lorsqu’ils l’incitent à confondre compression et consensus.

Parcours de lecture et verdict final

La meilleure manière d’utiliser The Better Angels of Our Nature n’est pas d’en faire une réponse finale, mais un outil de tri pour les lectures à venir. Si la psychologie du conflit vous a le plus intéressé, enchaînez avec The Righteous Mind review. Si c’est la forme contestée des grands récits historiques qui vous a paru le plus captivant, poursuivez avec The Dawn of Everything review. Si ce qui vous est resté en tête est la question des cadres et des preuves, allez vers The Structure of Scientific Revolutions review. Et si vous voulez une étagère plus large de non-fiction fondée sur les idées et qui récompense la comparaison plutôt que l’allégeance, meilleurs livres pour lecteurs curieux constitue la voie pratique à suivre.

Comme recommandation de premier plan, ce livre mérite donc davantage le respect que la soumission. Pinker convainc lorsqu’il montre que la violence doit être étudiée historiquement plutôt que mythifiée, et lorsqu’il soutient que les institutions et les normes peuvent contenir la brutalité dans certaines conditions. Il convainc moins lorsque l’élégance du récit pousse les lecteurs à négliger l’incertitude, à reléguer des formes de souffrance marginalisées ou à considérer la puissance de l’État surtout comme civilisatrice plutôt que structurellement ambivalente.

Le verdict est donc clair. The Better Angels of Our Nature vaut la peine d’être lu pour son ambition, son sérieux et sa capacité à réorganiser la manière dont les lecteurs pensent la violence historique. Il ne vaut pas la peine d’être lu comme une autorisation à l’optimisme paresseux ni comme le dernier mot sur la question de savoir si l’humanité va mieux. Lisez-le pour l’échelle, l’argument et la discipline qui consiste à poser des questions plus exigeantes sur les preuves. Lisez-le avec des contrepoids. Dans ces conditions, il demeure l’une des œuvres d’histoire intellectuelle publique les plus importantes et les plus discutables de son domaine.

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