Critique de livre

Critique du Vicaire de Wakefield

Cette critique du Vicaire de Wakefield soutient que le roman de Goldsmith mêle avec subtilité satire, comédie familiale, épreuve morale et pression sociale.

Auteur
Oliver Goldsmith
Première publication
1766
Titre original
The Vicar of Wakefield
Couverture de Le Vicaire de Wakefield
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/works/OL890896W

critique du Vicaire de Wakefield : un petit roman avec une tâche difficile

La critique du Vicaire de Wakefield se lit le plus facilement comme une étude de la manière dont un petit roman du XVIIIe siècle peut porter en même temps satire, sentiment domestique, argument moral et pression sociale. Cela peut paraître une réussite douce, mais le livre a une tâche plus rude que sa réputation ne le laisse entendre. Oliver Goldsmith doit rendre une famille crédible, garder un cadre moral lisible, maintenir la comédie vivante et retenir l’attention du lecteur dans un monde où le statut est fragile et où la dignité peut s’effacer très vite. Le résultat n’est ni un chef-d’œuvre de sévérité ni un chef-d’œuvre d’ampleur. C’est quelque chose de plus précis : un roman qui fait paraître la respectabilité ordinaire à la fois précaire, amusante et digne d’être défendue.

C’est pourquoi le livre trouve naturellement sa place à la fois dans histoire et idées et dans fiction littéraire. Il est historique au sens où il s’inscrit dans une conversation du XVIIIe siècle sur la vertu, l’économie et la place sociale. Il est littéraire au sens plus profond où il transforme ces préoccupations en forme, en voix et en tension plutôt qu’en simple leçon. Le Vicaire de Wakefield ne cherche pas à devenir un grand système philosophique. Il cherche à voir ce qui arrive à la décence quand la vie familiale, l’argent, le mariage, la réputation et l’identité ecclésiastique doivent tous tenir dans la même pièce étroite.

La vraie force du livre tient à son équilibre. Goldsmith ne laisse pas le roman devenir seulement un sermon, seulement une satire ou seulement une histoire de salut sentimental. Le mélange compte. La famille Primrose est drôle sans être dérisoire, vulnérable sans être réduite au rôle de victime, et moralement sérieuse sans devenir un symbole abstrait. Voilà l’argument du roman dans ce qu’il a de meilleur : la valeur humaine est éprouvée dans le monde ordinaire de l’argent, des manières et des tensions domestiques, non à l’extérieur de lui.

Vie familiale, rang social et pression de la respectabilité

Au centre de Le Vicaire de Wakefield se trouve une famille qui tente de préserver à la fois l’affection et le rang pendant que le monde ne cesse de leur rappeler qu’aucun des deux n’est assuré. C’est un bon point de départ, car l’intelligence sociale du roman est souvent la plus nette lorsqu’elle regarde la sphère domestique plutôt que la sphère publique. Le foyer n’est pas un simple décor. C’est le lieu où classe, morale et vulnérabilité deviennent visibles en même temps.

Goldsmith comprend que la distinction sociale dans ce monde est instable. Une famille peut posséder l’éducation, l’aspiration morale et l’assurance sociale sans disposer de l’argent nécessaire pour rendre tout cela sûr. Cette tension alimente une grande partie du roman. Les Primrose veulent bien vivre, bien parler et bien agir, mais leurs perspectives sont sans cesse réduites par la dépendance économique et l’exposition sociale. Le livre revient continuellement à l’écart entre l’image de soi et les circonstances. C’est dans cet écart que vit une grande part de la comédie, mais aussi de l’angoisse.

Le genre, dans le roman, participe de cette pression. Les femmes de la famille ne sont pas écrites comme des individus autonomes au sens moderne, et il serait faux de prétendre le contraire. Leurs perspectives passent par le mariage, les fréquentations, la tenue du foyer et la réputation fragile de la famille dans son ensemble. Un lecteur moderne remarquera sans doute à quel point le roman fait dépendre la sécurité féminine des arrangements domestiques et matrimoniaux. Plutôt que de traiter ce fait comme une faute morale en soi, il est plus utile de voir à quel point il façonne le monde émotionnel du livre. Le roman n’est pas en dehors de ces présupposés. Il est construit à l’intérieur d’eux.

La religion et la morale fonctionnent de la même manière. Goldsmith donne au monde du pasteur une forme nettement chrétienne, mais le roman n’est pas simplement doctrinal. Son langage moral est pratique, familial et social. Le livre s’intéresse à la manière dont les gens agissent lorsqu’ils sont gênés, mis à l’épreuve ou tentés par la vanité. Cela donne au roman une gravité atténuée que l’on manque facilement si on le lit seulement comme un classique charmant. Le cadre ecclésiastique compte parce qu’il offre à la famille un vocabulaire de la persévérance, mais le roman ne laisse jamais ce vocabulaire flotter au-dessus de la vie matérielle.

Satire et sentiment dans une même phrase

Si Le Vicaire de Wakefield fonctionne encore, c’est parce que Goldsmith peut passer de la satire au sentiment sans détruire l’un ou l’autre registre. Beaucoup de livres savent être drôles. Beaucoup savent émouvoir. Peu savent faire les deux tout en restant cohérents sur le plan structurel. L’astuce de Goldsmith consiste à faire partager le même espace à l’absurdité sociale et à la gravité émotionnelle.

C’est important parce que l’intelligence comique du livre est plus aiguë que sa réputation ne le laisse parfois croire. Le roman comprend très bien la vanité, l’auto-illusion, l’ascension sociale et la représentation ridicule de soi. Il sait observer la manière dont les gens se mettent en scène, surtout lorsqu’ils veulent paraître plus assurés qu’ils ne le sont. Il sait aussi qu’un comportement grotesque est souvent tout près d’un besoin réel. Goldsmith est rarement cruel à la manière de Swift, mais il observe les choses avec assez d’acuité pour empêcher la surface comique de devenir molle.

Le sentiment fonctionne parce que le roman le mérite. Le lecteur est invité à se soucier de la famille, mais Goldsmith ne demande pas cette attention par simple affirmation. Il installe des épreuves répétées de patience, de dignité et d’attachement. Le résultat est un livre où le sentiment n’est pas décoratif. Il participe à l’argument sur la manière dont on survit à la pression publique. Les moments émotionnels du roman paraissent convaincants parce qu’ils sont liés à un monde social et moral continu.

C’est l’un des points où la comparaison aide. The History of Tom Jones, a Foundling montre une version plus ample, plus exubérante et plus étendue sur le plan structurel de la fiction du XVIIIe siècle. Fielding est plus panoramique et plus ouvertement théâtral. Goldsmith est plus resserré, plus domestique et moins intéressé par la démonstration pour elle-même. Gulliver's Travels offre une autre voie encore : plus âpre, plus satirique et bien moins disposée à rassurer le lecteur par un centre familial stable. Goldsmith se tient entre ces énergies. Il peut critiquer la sottise sans transformer tout le livre en gourdin.

Quel type de lecteur ce livre récompense

Le Vicaire de Wakefield sera surtout satisfaisant pour les lecteurs qui aiment les classiques qui ne séparent pas la fiction domestique de l’observation morale. Si un lecteur aime les romans où la vie familiale est un sujet sérieux plutôt qu’un simple fil secondaire privé, Goldsmith a beaucoup à offrir. Le livre convient aussi très bien à ceux qui apprécient une prose du XVIIIe siècle claire, travaillée et précise plutôt que luxuriante ou psychologiquement exhaustive.

Il est particulièrement gratifiant pour les lecteurs qui veulent voir comment un roman peut conserver son centre émotionnel sans devenir mélodramatique. Goldsmith n’a pas besoin de chocs constants pour maintenir l’histoire en mouvement. Il s’appuie sur les variations de ton, les renversements de statut et le frottement entre la manière dont la famille se voit elle-même et la manière dont le monde la voit. Cela rend le livre utile aux lecteurs qui cherchent à comprendre le roman naissant comme une forme capable de porter à la fois divertissement et instruction sans se dissoudre dans l’un ou l’autre. C’est aussi un bon compagnon pour qui veut comparer les tonalités morales du XVIIIe siècle, car la version de la décence proposée par Goldsmith est plus chaleureuse et plus domestique que la satire de Swift et moins philosophiquement condensée que la fiction réflexive de Johnson.

Le livre risque moins de satisfaire les lecteurs qui veulent un roman réaliste à la dure. Goldsmith ne construit pas son récit autour d’une âpreté sociale soutenue au sens du XIXe siècle tardif. Il emploie les renversements, le hasard et un ordre moral assez idéaliseur pour faire avancer le roman. Cela ne rend pas le livre superficiel. Cela signifie simplement que le lecteur doit accepter un monde où le dessin compte autant que la plausibilité au sens romanesque moderne.

Un autre point de friction probable tient au rythme. Le Vicaire de Wakefield n’est pas une machine à adrénaline. Il avance, mais son mouvement est épisodique et réfléchi. Le roman prend le temps d’installer le ton, la position sociale et les habitudes morales avant chaque nouveau tournant. Certains lecteurs y trouveront quelque chose de rassurant. D’autres y verront une certaine dispersion. Les deux réactions sont raisonnables. La vraie question est de savoir si l’on veut un roman qui demande une attention patiente aux petits déplacements de statut, de sentiment et de jugement.

Les lecteurs modernes devront aussi garder le contexte d’époque à l’esprit. Les présupposés du roman sur l’autorité familiale, la vertu, le genre et la classe ne sont pas des détails accessoires qu’on pourrait simplement retrancher de la lecture. Ils font partie du cadre du livre. Cela ne veut pas dire qu’il faille excuser le roman ou le moderniser au-delà de toute reconnaissance. Cela veut dire qu’il faut le lire de manière comparative et attentive, non anachronique. Goldsmith écrit depuis l’intérieur de son monde social, non depuis l’extérieur.

Style, structure et valeur de la retenue

La prose de Goldsmith est l’un des plaisirs du roman parce qu’elle est maîtrisée sans devenir sèche. La voix est accueillante, ordonnée et facile à suivre, mais elle possède aussi assez de souplesse tonale pour traiter la gêne comique, l’affection domestique et la réflexion morale. C’est plus important qu’il n’y paraît. Dans un livre de ce type, le style n’est pas seulement un moyen d’expression. C’est la méthode par laquelle Goldsmith empêche sympathie, ironie et jugement de se disloquer.

La structure est tout aussi soigneuse. Le roman ne dépend pas d’un grand mécanisme central unique autant que d’une suite d’épreuves sociales. Chaque bascule du destin pose les mêmes questions : à quoi ressemble la vertu quand l’argent manque, à quoi ressemble la dignité quand le statut glisse, et que reste-t-il de l’identité familiale quand la confiance publique est ébranlée ? Ce ne sont pas des problèmes abstraits dans le livre. Ils sont traités à travers des scènes, des renversements et des réactions domestiques.

Cette retenue fait partie de la durée de vie du roman. Goldsmith n’essaie pas de couvrir le lecteur de sa voix. Il essaie de retenir l’attention assez longtemps pour que les formes sociales et morales deviennent visibles. Même lorsque le roman penche vers le sentiment, il garde généralement une main sur l’observation. C’est l’une des raisons pour lesquelles le livre reste lisible plutôt que simplement respectable. Il a une main ferme.

Il existe bien sûr des limites. La conception morale du livre peut paraître trop ordonnée aux lecteurs qui préfèrent l’ambiguïté ouverte. Sa vision sociale peut sembler trop stabilisée à ceux qui veulent une critique institutionnelle plus tranchante. Et le roman préfère parfois la clarté emblématique à la surprise psychologique fine. Mais ces limites font partie de la forme choisie par Goldsmith. L’enjeu n’est pas que le livre anticipe tout ce que la fiction ultérieure pourra faire. L’enjeu est qu’il remplit sa propre tâche avec une grâce inhabituelle.

Comparaisons qui éclairent la place de Goldsmith

Le moyen le plus simple de surinterpréter Le Vicaire de Wakefield est de l’isoler du roman du XVIIIe siècle qui l’entoure. La meilleure méthode consiste à le placer à côté d’autres livres qui résolvent autrement des problèmes voisins. Moll Flanders est utile ici, parce que le roman de Defoe est bien plus exposé à l’intérêt économique personnel et à la survie dans le monde. Goldsmith n’écrit pas ce type de fiction dure et transactionnelle. Il écrit sur la pression sociale, mais il préserve aussi un idéal plus fort de vertu domestique.

The History of Rasselas, Prince of Abyssinia ouvre une autre comparaison. Le livre de Johnson est plus philosophique et plus sceptique à l’égard des satisfactions faciles. Goldsmith est moins abstrait et moins sévère. Là où Rasselas ne cesse de demander si le contentement est possible, Le Vicaire de Wakefield s’intéresse davantage à la manière dont une famille supporte la détresse sans perdre sa forme morale.

Pris ensemble, ces rapprochements aident à définir la position du roman. Ce n’est ni une dénonciation proto-sociologique, ni un dialogue philosophique déguisé. C’est un roman domestique avec la satire dans le sang et le sentiment moral au centre. Cette combinaison peut paraître modeste, mais c’est l’une des raisons pour lesquelles le livre mérite encore sa place sur une liste de lecture sérieuse.

Le trajet plus large à travers UtoRead est assez clair. Les lecteurs qui passent par histoire et idées peuvent utiliser Goldsmith comme passerelle vers des livres où l’argument moral est lié à la forme sociale. Les lecteurs venant de fiction littéraire peuvent se servir du roman pour voir combien une histoire domestique du XVIIIe siècle peut porter de force émotionnelle sans technique psychologique moderne. Le livre fonctionne comme une charnière entre les catégories parce qu’il n’appartient pas tout à fait à l’une d’elles.

Bilan final

Le Vicaire de Wakefield mérite sa place dans le catalogue parce qu’il relie vertu, vie familiale et vulnérabilité sociale au lieu de les traiter comme des abstractions. Goldsmith donne au lecteur un roman où affection domestique, inquiétude de classe, sentiment religieux et gêne comique se heurtent continuellement. C’est une réussite plus exigeante que ne le suggère la réputation facile du livre.

C’est aussi un livre qui a des limites nettes, et ces limites comptent. Les lecteurs qui recherchent un réalisme dur, une analyse sociale radicale ou une nouveauté psychologique soutenue peuvent le trouver trop ordonné ou trop contrôlé. Ceux qui acceptent de le lire selon ses propres termes y trouveront une œuvre compacte, observatrice et encore étonnamment vivante à l’égard des embarras du statut et de la difficulté à rester décent sous la pression.

Voilà l’argument final en faveur de Le Vicaire de Wakefield. Ce n’est pas simplement un nom canonique ni un objet sentimental d’époque. C’est un roman soigneusement construit sur la manière dont la vie familiale survit aux aspérités de la société, et cela lui assure une place durable dans toute carte de lecture sérieuse.

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