Critique de livre
Critique d’Early Science in Oxford, Volume I
La première partie d’Early Science in Oxford reconstitue la science d’Oxford par les dispositifs matériels, les enseignements et les collections préservées.
- Auteur
- Robert T. Gunther
- Première publication
- 1923
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https://openlibrary.org/works/OL10478722WCritique de Early Science in Oxford : une histoire matérielle à l’horizon local
La critique de Early Science in Oxford analyse le tome I de 1923, Chemistry, Mathematics, Physics and Surveying, et pas le vaste ensemble publié ensuite sous un titre élargi. Robert T. Gunther combine quatre volets en une histoire de la manière dont Oxford a enseigné, pratiqué et mémorisé les sciences. Les matériaux vont des notes de cours aux nominations institutionnelles, des règles de calcul aux pompes à air, des instruments topographiques à une table à niveau du XVIIe siècle conservée à l’époque. Le résultat ressemble à un musée organisé en livre : les arguments émergent par la survie des objets et leurs usages.
Cette méthode dite « par les objets » en est la force majeure. Gunther montre sans cesse qu’une idée devient lisible quand quelqu’un l’a enseignée, construite, consignée, puis préservée avec ses outils. Mais la même méthode réduit aussi le champ. Ce que l’on voit dépend de ce qui a été conservé, et les affirmations de priorité ne donnent pas toujours une chronologie parfaitement ouverte. Le volume I a donc une vraie valeur comme cartographie détaillée de la mémoire scientifique d’une institution, pas comme récit total de la science britannique précoce.
L’angle de portée explique aussi sa forme inégale. La chimie apparaît en 1920, les mathématiques en 1922, la physique et la topographie complètent le volume en 1923. Leur assemblage est bibliographiquement cohérent, rarement homogène dans le ton. Attendez-vous à quatre enquêtes liées, chacune avec sa propre proportion entre biographies, descriptions techniques, histoire de l’enseignement et inventaires.
Roger Bacon et les risques d’un commencement héroïque
Gunther ouvre avec Roger Bacon et place l’expérimentation comme méthode décisive de progression du savoir. Le choix crée un schéma récurrent : des figures nommées occupent des moments de bascule, puis les développements ultérieurs semblent prolonger leur vision. Ce rythme séduit les lecteurs qui veulent une histoire intellectuelle avec des noms lisibles. Il montre aussi là où le texte vieillit. Les pratiques scientifiques ne commencent pas toutes avec un seul découvreur, et les revendications de priorité demandent plus de prudence que Gunther n’en accorde souvent.
L’insistance héroïque n’efface cependant pas les institutions. Lorsqu’on arrive au XVIIe siècle oxfordien, le cercle de Wadham autour de John Wilkins relie des figures comme Seth Ward et Ralph Bathurst. Wilkins n’est pas un simple nom : il possède un grand télescope et une loupe ardente imposante ; Christopher Wren y est associé avec un baromètre. Ces précisions rendent le groupe tangible comme une culture de travail faite de conversations, d’objets et de curiosité pratique.
Cette tension entre précision incarnée et lignée simplifiée structure tout le volume. En regard d’une lecture plus vaste comme A History of Science review, Gunther offre une texture locale plus dense. Le prix de cette précision est une perspective : la conservation oxfordienne peut finir par sembler le centre naturel de chaque développement.
La chimie, de Mayow aux laboratoires de l’Ashmolean
La partie chimie devient la plus convaincante quand elle suit les usages plus que les réputations. Le passage consacré à John Mayow et à la composante de l’air liée à la respiration et à la combustion donne un lieu et un geste à une pensée encore pré-moderne. Gunther détaille l’usage de termes comme spiritus nitro-aereus et la chaîne de réflexion sur acides et oxydes pour montrer comment un travail du XVIIe siècle relie souffle, combustion et changement chimique sans vocabulaire moderne.
La transition institutionnelle est rendue visible dans le chapitre sur le premier laboratoire universitaire de chimie d’Oxford. Les collections Elias Ashmole et le cadre de l’Ashmolean de 1683 relient la pratique expérimentale à un bâtiment chargé d’objets, d’enseignement et d’enquêtes. Le laboratoire n’y est pas un décor : il redéfinit qui peut rencontrer les expériences et où la pratique chimique se situe dans l’université.
Plus loin, le texte devient moins spectaculaire mais plus précieux pour qui lit les pratiques de transmission. Gunther reproduit les débats des notes de cours qui définissent la chimie par la chaleur et les mélanges, et justifient sa valeur pour les étudiants. Il suit cette trajectoire jusqu’à une conférence oxfordienne de 1797 sur l’utilité pratique de la discipline, puis à l’installation laborieuse d’un espace de laboratoire au musée au XIXe siècle, avec les ambitions pédagogiques liées au laboratoire de Charles Daubeny. La séquence n’est pas une marche linéaire vers la chimie contemporaine ; elle montre la lutte pour des salles, des fonctions, des publics et la légitimité d’un enseignement pratique.
Mathématiques rendues visibles par chaires, échelles et règles à calcul
Le volet mathématique commence par les structures de l’enseignement. La fondation des chaires de Géométrie et d’Astronomie par Henry Savile en 1619 et la nomination d’Henry Briggs inscrivent l’étude des mathématiques dans un programme institutionnel précis. Gunther enchaîne ensuite avec William Oughtred et Edmund Gunter, dont le travail rend le calcul matériel. Les idées logarithmiques deviennent des lignes, des arcs, des tiges, des règles qu’un élève ou un praticien peut manipuler.
Les règles linéaires et circulaires d’Oughtred sont centrales pour ce mouvement. Un instrument de « Circles of Proportion » conservé à St John’s College permet d’unifier conception, usage et tutelle dans le même récit. L’objet incarne une opération de calcul, mais aussi une histoire sociale : qui pouvait en obtenir une, qui apprenait ses graduations, et pourquoi une bibliothèque de collège en assurait la conservation. Gunther est à son meilleur quand ces niveaux restent réunis.
Il consigne aussi le programme de David Gregory de 1700 pour élargir l’enseignement mathématique, ce qui évite que les instruments deviennent de simples curiosités. Ils s’inscrivent dans des débats sur l’éducation pratique, la navigation, la fortification, la mesure et la formation technique attendue des gentlemen.
Pendules, pompes à air et la vie matérielle de l’appareil
La partie sur la physique couvre un spectre large, mais quelques objets servent de fil conducteur. La discussion de Robert Plot sur les découvertes liées au pendule relie la mesure du mouvement à la culture savante oxfordienne. Une horloge attribuée à Christopher Wren à Wadham transforme la question du temps en un problème d’entretien autant que d’invention : un appareil devient historique parce qu’il a été installé, nettoyé, financé, maintenu.
L’histoire des pompes à air rend cette logique plus claire encore. Gunther place une idée associée à Otto von Guericke face au monde expérimental de Boyle, puis décrit une pompe debout à double fût autour de 1710, attribuée à Francis Hauksbee ou à un imitateur. Cette nuance est essentielle. Elle montre à la fois l’intérêt de l’histoire d’objets et sa limite : la preuve de provenance peut convaincre sans achever la preuve d’attribution.
L’optique élargit encore l’échelle. Une grande loupe brûlante montre la concentration de chaleur en action ; un dispositif de Wilkins dans un jardin pour fabriquer un arc-en-ciel artificiel fait de la réfraction un spectacle réglé. Ces exemples donnent à la physique une matérialité sensible. Le lecteur ne lit pas seulement une théorie de la lumière, il voit de l’eau devenir brouillard, un observateur placé à l’angle requis, un effet rendu répétable.
En contraste, les hypothèses philosophiques derrière la physique moderne trouvent une réponse utile dans The Metaphysical Foundations of Modern Physical Science review.
Topographie et métrique : la géométrie en action
La dernière partie donne la démonstration la plus claire de la conviction de Gunther : les instruments ordonnent l’histoire. Un quart de cercle de géomètre transforme angle et distance en procédure de terrain. Les schémas avec quadrant, équerre et canne de Jacob répondent à des problèmes concrets : la hauteur d’une tour inaccessible, la profondeur d’un ravin, une distance demandant des observations depuis deux points.
Gunther suit ensuite la spécialisation croissante. Les secteurs topographiques de la collection Lewis Evans montrent comment les échelles et les vues peuvent être réunies dans une forme portable. Une table plane de 1696, conservée dans la collection Orrery et munie d’un cadran de boussole portant le nom de John Worgan, associe orientation, dessin et mesure sur une même surface. L’évocation du théodolite insiste sur la combinaison progressive plutôt que sur une naissance soudaine. Les références aux artisans, dont Jonathan Sisson et Heath, restent prudentes.
Forces, limites et lectorat le plus réceptif
Le lecteur idéal apprend à lire par objets. Gunther récompense l’attention portée à la manière dont un appareil a été fabriqué, conservé et quelles connaissances il rendait possibles. Les professionnels de musée, les historiens de l’éducation et les lecteurs de culture matérielle y trouveront des fils précis, notamment à l’intérieur des sciences et nature.
Les précautions sont tout aussi importantes. Publié en 1923, le livre hérite de cadres narratifs anciens ; de nombreuses histoires de priorité et des frontières sociales ont été retravaillées par la recherche ultérieure. Femmes, artisans, assistants, réseaux coloniaux ou travail invisible restent moins présents que professeurs, donateurs et noms d’inventeurs. Même l’abondance des objets conservés peut orienter l’attention vers des collections élitaires.
Le style peut paraître accumulatif. Les longues suites d’objets et de noms retardent parfois l’interprétation générale. Les lecteurs qui préfèrent une écriture de la science plus portée sur les mentalités ou les styles intellectuels peuvent trouver une lecture utile dans The Common Sense of Science.
Cette lecture compare bien avec le cadre de l’histoire et idées.
Conclusion : un volume durable, pas une histoire close
Early Science in Oxford, Volume I se lit bien précisément parce que ses objets refusent l’abstraction. Mayow et son spiritus nitro-aereus, le laboratoire ashmolean, les règles d’Oughtred, l’horloge de Wren, la pompe à air, l’arc-en-ciel artificiel, la table plane et le théodolite donnent à chaque discipline une vie matérielle propre. Oxford cesse d’être un simple décor d’idées ; c’est un réseau de pièces, de maîtres, d’objets, de gestes de conservation.
Cette réussite ne doit pas être confondue avec l’exhaustivité. Les embrayages héroïques, la focalisation locale et la confiance dans les collections survivantes demandent d’être corrigés par une recherche plus récente. Dans ce cadre, le volume reste utile : il montre avec une précision rare que les cultures scientifiques se construisent autant par des instruments et des institutions que par des théories abstraites.