Critique de livre

Critique d’Essays and treatises on several subjects

Cette critique d’Essays and treatises on several subjects présente le recueil de 1758 de David Hume comme un programme public sur le savoir, les mœurs, la politique, le goût et la religion.

Auteur
David Hume
Première publication
1758
Couverture de Essays and Treatises on Several Subjects
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/books/OL24189572M/Essays_and_treatises_on_several_subjects

critique d’Essays and treatises on several subjects : l’architecture publique de Hume

Cette critique d’Essays and treatises on several subjects considère le volume de David Hume paru en 1758 comme un recueil délibérément composé, et non comme un assemblage disparate de textes célèbres. Le titre importe, car il rassemble plusieurs formes d’écriture dans un même dessein public : enquête philosophique, théorie morale, essai politique, critique esthétique, exposé concis des passions et étude de la religion relevant de l’histoire naturelle. Première consolidation plus ou moins complète, en un seul volume, des écrits publics de Hume sous cette forme, l’ouvrage relève naturellement de la philosophie et psychologie, mais aussi de l’histoire et idées, puisque Hume réfléchit au raisonnement public dans le cadre des présupposés de la Grande-Bretagne du XVIIIe siècle.

La distinction essentielle est simple, mais souvent brouillée. Essays and Treatises on Several Subjects n’est pas le Treatise of Human Nature de 1739-1740, où Hume avait d’abord tenté d’élaborer une science plus vaste de la nature humaine sous une forme plus technique et plus ambitieuse. Le recueil ne contient pas non plus les Dialogues Concerning Natural Religion, publiés à titre posthume. Celui de 1758 constitue l’agencement public mûri par Hume : plus bref, plus accessible, toujours exigeant sur le plan philosophique, et conçu pour faire circuler les lecteurs entre les questions de connaissance, de mœurs, de gouvernement, de raffinement, de religion et de goût.

Ce que contient le recueil de 1758

L’architecture du volume est plurielle. Il comprend les deux parties des Essays, Moral, Political, and Literary ; An Enquiry concerning Human Understanding ; A Dissertation on the Passions ; An Enquiry concerning the Principles of Morals ; et The Natural History of Religion. Dans cet agencement, Hume ne demande pas au lecteur de suivre un traité ininterrompu. Il l’invite à voir comment les arguments relatifs à l’entendement humain, à l’ordre social, au sentiment, à la croyance et au jugement s’éclairent mutuellement lorsqu’ils sont placés côte à côte.

Cette disposition transforme l’expérience de lecture. Les essais sur le commerce, les partis, le gouvernement, le raffinement, le caractère national, la tragédie et le goût ne sont pas des notes de bas de page de la philosophie : ils montrent la philosophie à l’œuvre dans des sujets publics. « Of the Standard of Taste », intégré au recueil lors du remaniement par Hume de matériaux issus d’une dissertation antérieure, est particulièrement important, parce qu’il fait du jugement esthétique une question de comparaison cultivée, de critères partagés et de réponse humaine faillible. Le recueil change donc sans cesse de genre tout en maintenant la même pression sur la nature humaine.

Les deux Enquêtes et le Treatise antérieur

Les lecteurs qui viennent d’A Treatise of Human Nature doivent s’attendre à la fois à des continuités et à une retenue accrue. La première Enquête, également connue sous sa forme antérieure sous le titre de Philosophical Essays concerning Human Understanding, reformule des problèmes centraux autour de l’habitude, de la causalité, du témoignage, des miracles, de la probabilité, de la liberté, de la nécessité et du scepticisme mitigé. La méthode de Hume demeure rigoureuse, mais sa voix publique est plus condensée. Il cherche à montrer pourquoi les êtres humains doivent s’appuyer sur des habitudes d’attente tout en résistant à l’excès de confiance métaphysique.

La seconde Enquête passe de l’entendement aux mœurs. L’importance qu’elle accorde au sentiment, à l’utilité, à la sympathie et à l’approbation sociale ne réduit pas la morale à une simple disposition privée. Hume s’intéresse à la manière dont les êtres humains jugent les traits de caractère, les institutions et les actions comme utiles ou agréables pour soi-même et pour autrui. Entre les deux Enquêtes se trouve A Dissertation on the Passions, qui aide à relier savoir et morale en traitant l’orgueil, l’humilité, l’amour, la haine, la volonté et le mouvement émotionnel comme relevant d’un même terrain humain.

Essais, commerce, goût et vie publique

Les essais rendent visible la philosophie de Hume à l’échelle de la société. Il écrit sur les partis, l’équilibre politique, le commerce, le luxe, le raffinement, l’éloquence, la tragédie et le caractère national parce qu’il estime que la vie publique est façonnée par les passions, les habitudes, les intérêts et les conventions, plutôt que par la seule raison pure. Les meilleurs de ces essais sont concis sans être superficiels. Ils partent souvent d’une question publique concrète, puis révèlent les motifs mêlés et les preuves instables qui sous-tendent une opinion assurée.

C’est à ce point que le recueil devient davantage qu’une introduction à Hume. Le lecteur voit les changements de genre accomplir un travail intellectuel. Un argument causal dans la première Enquête, un argument moral sur l’utilité, un essai sur la société commerciale et une discussion du goût interrogent tous la façon dont des êtres humains limités forment des jugements qui peuvent néanmoins être partagés, critiqués et améliorés. L’accessibilité de Hume est réelle, mais il ne faut pas la confondre avec la simplicité. Ses phrases les plus limpides portent souvent des présupposés difficiles sur la preuve, la convention et le rang social.

Religion, miracles et la frontière des Dialogues

La religion entre dans le recueil sous plus d’un registre. Dans la première Enquête, la discussion des miracles par Hume s’inscrit dans son traitement plus général du témoignage, de la probabilité et de la croyance. La question n’est pas seulement de savoir si un événement est extraordinaire ; elle consiste à déterminer comment les êtres humains doivent évaluer les récits, l’expérience, la crédibilité et la force de l’habitude. L’argument est célèbre parce qu’il joint l’épistémologie à la controverse religieuse sans abandonner la surface calme de l’analyse philosophique.

The Natural History of Religion adopte une forme différente. Le texte traite la religion comme un phénomène humain, avec ses origines, ses transformations, ses peurs, ses espoirs et ses effets sociaux. Cette approche est historique et psychologique plutôt que dévotionnelle. Il faut toutefois maintenir nettement la frontière : le recueil ne comprend pas Dialogues Concerning Natural Religion, où les arguments de Hume sur la théologie naturelle prennent une forme dramatique distincte. Lire le recueil de 1758 à côté des Dialogues posthumes peut être précieux, mais les confondre aplatit les deux œuvres.

Préjugés, caractère national et limites éthiques

Toute lecture responsable de ce recueil doit affronter la note de bas de page raciste associée à « Of National Characters ». Ce n’est pas une tache incidente que l’on pourrait écarter en admirant par ailleurs le scepticisme de Hume. Cette note appartient au bilan intellectuel et moral du recueil ; elle montre qu’un écrivain capable de mettre à nu la faiblesse des preuves et les dogmes hérités pouvait malgré tout reproduire une hiérarchie raciale violente. La réponse juste n’est ni la citation ni la minimisation, mais la reconnaissance directe de cet échec et de ses conséquences pour la lecture des affirmations de Hume sur le jugement humain.

La même prudence doit s’étendre au-delà de cette seule note. Les essais de Hume sur le commerce et le raffinement présupposent souvent des mondes sociaux structurés par l’empire, la propriété, l’autorité publique masculine et la hiérarchie de classe. Son analyse politique et commerciale peut être pénétrante tout en laissant l’extraction coloniale, l’exclusion fondée sur le genre et les vies laborieuses à la périphérie du cadre. Cette tension compte, car le recueil demande sans cesse aux lecteurs de se défier des certitudes faciles. Les exclusions propres à Hume deviennent elles aussi une part de ce que le lecteur doit juger.

Forces, difficultés et lectorat concerné

La grande force du recueil réside dans l’étendue de ses articulations internes. Hume fait apparaître l’épistémologie, les mœurs, la politique, l’esthétique, les passions et la religion comme des problèmes voisins plutôt que comme des disciplines séparées. Il écrit également avec une discipline essayistique qui donne une forme publique à des arguments difficiles. On peut lire les textes séparément, mais le recueil récompense le retour aux premières sections après avoir vu comment des essais ultérieurs développent les mêmes questions dans un autre genre.

Les difficultés sont tout aussi réelles. Le volume est vaste, et certains essais de circonstance paraissent plus minces à côté des grandes pièces philosophiques. Les révisions et réagencements de Hume peuvent désorienter les lecteurs qui attendent une table des matières fixe ou une argumentation linéaire unique. Sa concision sceptique demande elle aussi de la patience : des mots tels que habitude, sentiment, utilité, goût et croyance remplissent une fonction technique qui n’apparaît pas forcément dès la première lecture. Le lecteur le mieux disposé est celui qui accepte d’avancer lentement, de comparer les œuvres qui composent l’ensemble et de maintenir vivantes à la fois l’admiration et la critique.

Évaluation finale

Essays and Treatises on Several Subjects reste important parce qu’il montre Hume transformant la philosophie en programme public. Le recueil ne remplace pas le Treatise et n’est pas un contenant pour les Dialogues ultérieurs. C’est un agencement mûri d’œuvres qui le composent, dans lequel savoir, sentiment moral, ordre social, goût, passion et religion sont mis en relation les uns avec les autres.

Cette architecture rend le livre précieux, mais non innocent. Sa limpidité, son ampleur et son assurance argumentative côtoient des essais inégaux, des frontières de révision difficiles à discerner et de graves limites éthiques. Les lecteurs qui l’abordent avec des repères y trouveront l’une des voies les plus claires vers la pensée mûrie de Hume. Ceux qui l’abordent sans esprit critique risquent de manquer à la fois la force de sa construction et les préjugés qu’elle laisse visibles.

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