Critique de livre

Critique de L’Attentat

Cette critique de L’Attentat examine comment Harry Mulisch transforme une représaille de 1945 en enquête en cinq épisodes sur la mémoire, le hasard, la culpabilité et la responsabilité historique.

Auteur
Harry Mulisch
Première publication
1982
Titre original
De aanslag
Couverture de L’Attentat
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/works/OL16253633W

Critique de L’Attentat : une nuit, cinq actes de compréhension

Cette critique de L’Attentat commence par ce que Harry Mulisch révèle presque immédiatement. À Haarlem, en janvier 1945, pendant le dernier hiver de l’occupation allemande des Pays-Bas, Anton Steenwijk, douze ans, se trouve chez lui avec ses parents et son frère aîné Peter. Six coups de feu tuent Fake Ploeg, inspecteur de police néerlandais et collaborateur notoire, devant la maison voisine des Korteweg. M. Korteweg et sa fille Karin traînent le corps sur le trottoir devant la demeure des Steenwijk. Les forces allemandes arrivent, détruisent la maison et Anton perd sa famille dans les représailles. Le suspense central ne consiste donc pas à savoir si la catastrophe aura lieu, mais comment Anton — et le lecteur avec lui — comprendra les décisions humaines qui l’entourent.

L’intuition directrice de Mulisch est qu’un événement ne conserve pas un sens stable sous prétexte qu’il est terminé. Anton survit avec de simples fragments : le corps déplacé, une cellule obscure partagée avec une femme blessée qu’il ne voit pas, quelques paroles disjointes et aucun récit complet du sort de ceux qu’il aimait. Au cours des trente-six années suivantes, des rencontres fortuites lui apportent des pièces dont il ignorait l’absence. Chacune modifie l’histoire, mais aucune ne peut ressusciter les morts ni transformer l’Histoire en solution consolante.

Cette structure donne à L’Attentat l’élan d’une énigme tout en lui refusant la simplification morale d’un roman policier ordinaire. Le livre répond finalement à des questions factuelles, mais sa réussite la plus profonde consiste à séparer explication et absolution. Comprendre pourquoi une personne a agi ne rend pas juste chacun de ses actes ; reconstituer une chaîne de conséquences ne répartit pas une culpabilité égale entre tous ses maillons. Cette critique aborde l’attentat initial, la construction en cinq épisodes et les personnes importantes qu’Anton rencontre ensuite. Elle ne révèle pas l’explication finale du déplacement du corps, découverte sur laquelle repose le dernier épisode.

De aanslag, The Assault et L’Attentat

Le roman paraît d’abord en néerlandais sous le titre De aanslag, chez De Bezige Bij, en septembre 1982. The Assault n’est ni une œuvre différente ni une suite, mais le titre anglais établi. Claire Nicolas White le traduit en anglais et Pantheon publie la première édition américaine en 1985. La couverture d’Open Library utilisée sur cette page appartient à cette édition Pantheon : présenter The Assault sous son titre anglais fait donc coïncider métadonnées, illustration et critique, tout en conservant De aanslag comme titre original.

Le titre français possède lui aussi une histoire éditoriale attestée. La traduction de Philippe Noble, L’Attentat, paraît d’abord chez Calmann-Lévy en 1984 ; Actes Sud et Leméac en publient une autre édition francophone en 2001. Ces titres font ressortir des aspects légèrement différents d’un même mot néerlandais. En anglais, « assault » peut désigner une attaque au sens large ; le français attentat signale plus immédiatement un acte à motivation politique. Mulisch a besoin à la fois du meurtre ciblé et de la répression qui lui succède. L’action de la résistance déclenche l’intrigue, mais c’est la réponse punitive de l’occupant qui façonne la vie d’Anton.

La distinction importe, car le titre pourrait inciter à traiter le livre comme un thriller de guerre conventionnel. Il est beaucoup plus maîtrisé et rétrospectif que cette étiquette ne le laisse penser. L’assassinat occupe le premier mouvement ; le reste du roman en étudie la longue onde de choc. La surface limpide et dépouillée de la traduction anglaise sert bien cette construction : les scènes restent lisibles sans expliquer leurs émotions, laissant les motifs, les coïncidences et la connaissance retenue s’accumuler sous la vie adulte apparemment ordonnée d’Anton.

Cinq épisodes font de la mémoire une structure

Après un bref prologue, Mulisch divise le roman en cinq épisodes datés de 1945, 1952, 1956, 1966 et 1981. Les intervalles ne sont pas des vides chronologiques. Ce sont les années pendant lesquelles Anton bâtit une existence qui semble l’éloigner de Haarlem : élevé par des proches à Amsterdam, il étudie la médecine, devient anesthésiste, se marie, a des enfants, divorce, puis se remarie. Mulisch résume assez de cette évolution ordinaire pour montrer que la survie est réelle. Il resserre ensuite chaque épisode sur une journée ou une rencontre au cours de laquelle le passé enfoui redevient présent.

En 1952, Anton retourne à Haarlem et rend visite aux Beumer, voisins qui habitaient de l’autre côté de sa famille. En 1956, pendant les troubles qui suivent l’écrasement de l’insurrection hongroise par l’Union soviétique, il rencontre le fils de Fake Ploeg. En 1966, des funérailles le mettent en présence de Cor Takes, ancien résistant dont les connaissances modifient sa compréhension de la femme de la cellule obscure. En 1981, tandis qu’Amsterdam se remplit de manifestants opposés aux armes nucléaires, une autre rencontre fortuite complète le dessin factuel. L’élargissement des intervalles ne mesure pas l’oubli, mais l’impossibilité de le rendre définitif.

Cette méthode épisodique est plus subtile qu’une série de retours en arrière. Mulisch ne renvoie pas sans cesse Anton adulte dans un souvenir entièrement rejoué. Le passé entre plutôt par l’intermédiaire d’autrui, chacun occupant une position qui lui est inaccessible : voisin, enfant d’un collaborateur, ancien résistant, participant, témoin. La mémoire devient ainsi sociale et non purement privée. Anton possède son expérience, mais il ne possède ni tous les faits ni toutes les douleurs qui s’y rattachent.

Les coïncidences sont voulues et manifestes. Les lecteurs exigeant un réalisme strict pourront trouver commode que la personne nécessaire apparaisse à chaque seuil historique. Pourtant, le hasard est ici un sujet, non un artifice dissimulé. La catastrophe d’Anton a commencé parce qu’un corps a été déplacé de quelques mètres, d’une maison à l’autre. Mulisch construit un monde où la proximité, le moment et le placement arbitraire peuvent détourner une existence, puis demande si la découverte des intentions peut jamais annuler le rôle du hasard.

L’attentat et les représailles pendant l’Hiver de la faim

Le premier épisode se déroule pendant l’Hiver de la faim de 1944-1945, lorsque la population de l’ouest des Pays-Bas occupés subit de graves pénuries de nourriture et de combustible. Couvre-feu, obscurité, froid et privations ne constituent pas un décor historique. Ils définissent un monde civil déjà rétréci par l’Occupation avant même les coups de feu. Les Steenwijk jouent à un jeu de société chez eux parce que la vie publique s’est contractée ; en quelques secondes, les détonations font entrer l’ordre coercitif extérieur dans leur salon.

Fake Ploeg n’est pas dépeint comme un fonctionnaire neutre choisi au hasard. C’est un inspecteur de police collaborateur, redouté pour sa brutalité. Son assassinat appartient à une lutte de résistance contre un système d’occupation et ses auxiliaires néerlandais. La réponse allemande obéit toutefois à la logique punitive de l’Occupation : le corps placé devant une maison sert de prétexte à des représailles collectives contre ceux que l’on associe à cette adresse. La demeure est incendiée, Anton détenu, ses parents et son frère tués. Les travaux historiques sur les Pays-Bas en 1945 attestent à la fois les conditions désespérées de l’Hiver de la faim et les représailles impitoyables par lesquelles les nazis répondent à la résistance.

Mulisch refuse deux déformations opposées. Il ne romantise pas la violence politique en négligeant le danger qu’elle fait peser sur les civils ; il n’efface pas non plus la différence entre action résistante et terreur nazie. Cor Takes peut défendre la nécessité d’agir contre Ploeg tout en demeurant hanté par les morts liés à cet acte. Anton peut demander ce que les résistants avaient prévu sans faire d’eux les auteurs de la politique de l’occupant. Le champ moral est complexe, mais il n’est pas plat.

Voilà pourquoi les questions répétées du roman sur la culpabilité exigent une lecture attentive. Une chaîne causale peut comprendre les tireurs, les voisins qui ont déplacé le corps, les soldats allemands, le collaborateur lui-même et ceux qui en protégeaient d’autres, sans rendre chaque maillon moralement identique. Mulisch s’intéresse aux degrés, aux intentions, aux contraintes et aux conséquences. Les représailles nazies restent un exercice du pouvoir occupant, même lorsque l’intrigue révèle de petites décisions qui ont influé sur l’endroit où elles se sont abattues.

Anton Steenwijk et la discipline de la distance

Anton n’est pas un protagoniste mû par la vengeance. Sa réponse caractéristique est la distance : distance avec Haarlem, les débats politiques, l’excès affectif et parfois son propre savoir. Il préfère l’ordre apparent d’une carrière médicale et devient anesthésiste. Il serait tentant de réduire cette profession à un symbole — Anton endort les autres parce qu’il s’est anesthésié lui-même —, mais Mulisch est plus subtil. L’anesthésie suppose aussi une attention contrôlée à la douleur, à la conscience et aux seuils vulnérables du corps. Le métier d’Anton ressemble à l’évitement autant qu’il le contredit.

Sa vie adulte empêche le roman d’affirmer que le traumatisme suspend tout développement. Anton peut aimer, travailler, voyager, être père et participer au monde social. Des symptômes physiques et des associations involontaires montrent néanmoins que le passé n’est pas devenu inerte. Mulisch lui accorde rarement de longues confessions. Le lecteur perçoit plutôt la pression à travers des changements d’attention, de brusques reconnaissances, des crises proches de la migraine et l’intensité avec laquelle un détail isolé relie une décennie à une autre.

Cette réserve est une force, car elle empêche Anton de devenir un cas clinique assorti d’un diagnostic unique. Elle peut aussi former un obstacle. Les lecteurs habitués à une intériorité explicite pourront le trouver passif, d’autant que les informations décisives lui parviennent souvent par hasard. Mais cette passivité possède un sens moral. Enfant, Anton a subi des forces qu’il ne pouvait comprendre ; adulte, il a fait du désengagement une méthode de protection. La question n’est pas de savoir s’il deviendra un héros conventionnel, mais s’il peut recevoir la connaissance sans l’utiliser soit pour punir sans distinction, soit pour se protéger par le flou.

Anton est donc moins un détective que le lieu où se rencontrent des mémoires incompatibles. Il ne résout pas le passé grâce à un raisonnement supérieur. D’autres lui remettent des fragments, parfois sur la défensive, parfois parce qu’ils ont besoin que leur version soit entendue. Son accomplissement est plus modeste et plus crédible : il apprend à porter un récit plus exact que celui dont il disposait au départ.

Truus Coster, le fils de Fake Ploeg et Cor Takes

La femme de la cellule obscure constitue le premier contrepoids du roman à la terreur. Anton ne peut la voir, mais sa présence blessée, sa chaleur et ses paroles deviennent la part la plus intime de la nuit qui ait survécu. Il apprend plus tard qu’elle se nommait Truus Coster et appartenait à la résistance. Mulisch retarde cette identité afin qu’Anton se souvienne d’abord non d’un rôle historique, mais d’une voix et d’un contact. L’histoire politique lui parvient par un geste de soin avant de lui parvenir par une explication.

La rencontre de 1956 avec le fils de Fake Ploeg crée une pression différente. Le fils porte le nom de son père et les conséquences d’après-guerre de son infamie, mais il n’a pas choisi ses actes. Sa colère oblige Anton à reconnaître que la souffrance peut atteindre la famille du collaborateur sans innocenter celui-ci. Leur confrontation est l’une des démonstrations les plus nettes de l’asymétrie morale dans le livre : deux fils héritent de la douleur issue d’une même nuit, mais les histoires dont ils héritent ne sont pas interchangeables.

Cor Takes, rencontré en 1966, apporte la perspective de la résistance elle-même. Il n’a pas atteint la distance d’Anton. La guerre reste présente dans ses habitudes, ses loyautés, ses pertes et ses jugements. Grâce à lui, Truus devient davantage que la figure consolatrice conservée dans le souvenir d’enfance d’Anton. Takes refuse aussi un récit commode dans lequel la résistance serait pure simplement parce que son ennemi était criminel. Il comprend les enjeux de l’action, mais ne prétend pas que la nécessité interdit le deuil.

Ensemble, ces personnages empêchent Anton de faire du passé la seule affaire des Steenwijk. Ils élargissent le roman sans le transformer en fresque guerrière panoramique. Chaque rencontre demeure concentrée, presque théâtrale, et chaque voix modifie les proportions morales de la scène initiale. Le dernier épisode ajoute encore une perspective indispensable, mais mieux vaut découvrir son explication précise dans le roman que dans le résumé d’une critique.

Culpabilité, causalité et asymétrie morale

La caractéristique la plus impressionnante de L’Attentat est son refus de confier à l’explication le travail du pardon. L’intrigue précise peu à peu qui a déplacé le corps, qui a tiré, qui partageait la cellule et quelles pressions se trouvaient derrière les décisions. Un roman moins ambitieux traiterait cette chaîne achevée comme une solution. Mulisch en fait le moment où le jugement devient plus exigeant. Les motifs peuvent rendre un acte intelligible tout en laissant ses dommages intacts.

Anton affronte à plusieurs reprises des variantes de la question : « Qui est coupable ? » La grammaire encourage une réponse unique, mais le roman propose des formes d’action différentes. Les soldats occupants disposent du pouvoir coercitif ; Ploeg a choisi la collaboration et la brutalité ; les résistants ont choisi un attentat dans des conditions créées par l’Occupation ; des voisins ont pris une décision locale désespérée ; des enfants ont hérité des conséquences. Ces faits appartiennent à une même histoire sans appartenir à une même catégorie morale.

L’imagerie volcanique du livre renforce cette distinction. La nuit de 1945 ressemble à une éruption qui ensevelit une vie, tandis que les épisodes ultérieurs découvrent des fragments pareils à des objets conservés sous la cendre. L’archéologie peut reconstruire les positions et les séquences, mais elle ne peut inverser l’éruption. Le dessin retrouvé ne prouve pas davantage que la catastrophe était écrite. La force du roman tient à la tension entre une construction qui devient lisible et le hasard qui l’a rendue possible.

Mulisch relie aussi la mémoire privée à l’histoire publique. Les épisodes ultérieurs se détachent sur la guerre de Corée, l’insurrection hongroise, les années 1960 marquées par le Vietnam et la manifestation pacifiste de 1981. La chronologie personnelle d’Anton longe les préoccupations politiques changeantes de l’Europe. Il ne s’agit pas d’affirmer que chaque conflit répète exactement 1945, mais que le monde continue de débattre de la force, de l’allégeance, de l’idéologie et des risques civils tandis qu’Anton tente de traiter sa propre histoire comme un dossier clos.

Style, forces et réserves

Mulisch écrit avec concision et assurance formelle. L’ouverture possède la netteté d’un cauchemar : routine domestique, coups de feu, corps, voisins traversant un trottoir, hommes armés, incendie, obscurité. Les épisodes suivants sont plus calmes, mais objets et sensations reviennent à travers les intervalles — pierre, cendre, flamme, ténèbres, contact —, de sorte que le roman acquiert son unité sans explications constantes. La traduction anglaise de Claire Nicolas White préserve une prose accessible, mais assez froide pour résister au mélodrame.

Les passages les plus forts sont les confrontations où deux récits défendables mais incomplets occupent la même pièce. Mulisch laisse la conversation porter l’argument historique sans réduire les personnages à de simples positions. Il sait aussi s’arrêter. Le roman est court, et son économie donne à chaque retour vers 1945 un poids disproportionné. Les lecteurs qui préfèrent une vaste fresque sociale pourront regretter que les vies secondaires ne reçoivent pas plus de place, mais cette expansion affaiblirait la construction en chambre de pression.

Deux réserves sont justes, outre la difficulté du sujet. Premièrement, la succession planifiée des rencontres est visiblement artificielle. Les lecteurs que rebutent les coïncidences symboliques pourront y résister, même si le hasard se trouve au cœur de l’argument. Deuxièmement, la maîtrise affective d’Anton peut paraître froide. Le roman offre une reconnaissance plutôt qu’une libération cathartique. Il met en scène un assassinat, une exécution et des représailles, la mort de parents et d’un frère, la détention d’un enfant, la faim et le froid de la guerre ainsi que des séquelles psychologiques durables.

Il ne faut pas confondre cette retenue avec la neutralité. L’Attentat est précis sur l’Occupation et la collaboration, tout en acceptant d’examiner les coûts et les compromis de la résistance. Cette combinaison est plus difficile à atteindre qu’une ambiguïté morale généralisée. La force du roman n’est pas de suggérer que tous seraient également coupables, mais qu’un jugement exact doit tenir compte du pouvoir inégal autant que des conséquences intimes.

À quels lecteurs convient-il, et quelles alternatives choisir ?

L’Attentat convient parfaitement aux lecteurs qui aiment les romans concis dont la structure agrandit la portée. Il intéressera ceux qu’attirent la fiction littéraire de la mémoire et les livres d’histoire et idées abordés à travers une seule vie civile. Ses révélations proches de l’énigme le rendent accessible, mais les lecteurs qui attendent combats, espionnage ou thriller rapide doivent ajuster leurs attentes. L’action se concentre dans le premier épisode ; le drame durable relève de l’interprétation.

C’est aussi un excellent choix pour un club de lecture, car ses questions permettent la discussion sans la réduire à l’effet de surprise final. La distance d’Anton est-elle une stratégie saine de survie ou une attention restée inachevée ? Quand la responsabilité causale devient-elle responsabilité morale ? Un acte politique nécessaire peut-il néanmoins imposer des obligations à ceux qui l’accomplissent ? Pourquoi le roman situe-t-il sa dernière révélation au milieu d’une manifestation de masse contre une autre forme de violence menaçante ?

Pour un autre roman consacré à une action d’enfance, à ses conséquences pendant la guerre et à l’éthique de la reconstruction, lisez Atonement : McEwan se montre plus ample et métafictionnel, Mulisch plus condensé et plus extérieur dans sa construction. Catch-22 utilise répétition et absurdité pour dévoiler de l’intérieur les systèmes militaires, contraste formel bruyant avec la retenue de Mulisch. A Gentleman in Moscow propose une vision plus chaleureuse et accueillante d’une vie privée contrainte par le pouvoir politique du XXe siècle.

Les lecteurs qui cherchent en un seul volume l’équilibre entre élan narratif et complexité éthique devraient commencer par L’Attentat lui-même plutôt que par son adaptation cinématographique. Sa réussite dépend de l’espacement des épisodes et du changement de relation entre le lecteur et la scène d’ouverture. Ces effets formels appartiennent spécifiquement au roman.

Évaluation finale

L’Attentat doit sa réputation à son architecture plutôt qu’à son ampleur. Une nuit d’hiver est suivie de cinq actes de compréhension partielle ; chaque fait nouveau modifie le passé sans le remplacer. Mulisch rend le hasard visible, laisse les témoins diverger et fait de la réserve d’un survivant à la fois une manière de tenir et une limite.

Surtout, le roman refuse la conclusion facile selon laquelle la complexité rendrait tout jugement impossible. Il peut reconnaître les choix compromis de la résistance, la souffrance héritée par le fils d’un collaborateur et la panique de voisins, tout en restant clair sur le pouvoir occupant qui a rendu possibles les représailles collectives. Son intelligence morale tient dans cette réunion de l’explication et de l’asymétrie.

Les lecteurs prêts à accepter un protagoniste froid, des coïncidences manifestes et une ultime réponse délibérément retenue trouveront un roman historique compact d’une rare persistance. L’ouverture demande ce qui est arrivé à Anton Steenwijk. La construction achevée pose la question plus difficile : que peut modifier une connaissance tardive, et que doit-elle laisser irréparable ?

Lectures associées

Poursuivre la lecture