Critique de livre

Critique de The Merry Wives of Windsor

Mistress Ford et Mistress Page transforment le double projet de séduction de Falstaff en comédie citoyenne, tandis que jalousie et négociations matrimoniales compliquent le rire.

Auteur
William Shakespeare
Première publication
1602
Couverture de The Merry Wives of Windsor
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/works/OL361595W

Critique de The Merry Wives of Windsor : une comédie collective aux dépens de Falstaff

Cette critique de The Merry Wives of Windsor soutient que la comédie de Shakespeare appartient à Mistress Ford et Mistress Page, non à Falstaff. Celui-ci imagine que deux femmes mariées, flattées par ses avances, financeront ses appétits. Elles comparent ses lettres presque identiques, comprennent la manœuvre et transforment cette tentative d’exploitation en une série de spectacles qu’elles dirigent. Le rire peut être rude, mais son principal plaisir vient d’un savoir partagé qui triomphe de la prétention masculine à disposer d’autrui.

Les lecteurs venus des pièces historiques s’attendront peut-être à la profondeur verbale et à la mélancolie de Falstaff. Transplanté ici dans l’univers domestique de Windsor, il devient un corps comique exposé aux paniers, aux déguisements, aux maris jaloux et à l’humiliation publique. La pièce est une œuvre vive de littérature classique, même si ses caricatures ethniques, ses présupposés sur les rôles de genre et ses humiliations réclament une mise en scène ou un enseignement vigilants.

Mistress Ford et Mistress Page, autrices de l’action

Les épouses agissent après avoir mis en commun leurs preuves. Ce détail est essentiel : Falstaff compte sur le secret et la rivalité, tandis que leur amitié permet de vérifier les faits. Au lieu d’en appeler aussitôt à leurs maris ou aux autorités, elles élaborent leurs propres contre-intrigues. Elles choisissent les rôles, le calendrier, les messagers et les lieux, transformant la sphère domestique qu’il méprise en pouvoir théâtral.

Leurs motivations mêlent l’autodéfense, l’amusement et le désir de corriger l’arrogance. La pièce n’en fait pas des révolutionnaires qui sortiraient du cadre du mariage ; toutes deux tiennent à leur réputation et à l’ordre du foyer. Même dans ces limites, leur initiative est considérable. Elles en savent davantage que les hommes qui les entourent et orchestrent l’attente du public, car chaque nouvelle humiliation dépend de leur accord préalable.

Le panier à linge et la comédie du corps de Falstaff

L’épisode du panier à linge ramène le langage grandiose de Falstaff au linge sale, au poids, à la chaleur, à la dissimulation et à l’évacuation. Des domestiques l’emportent au milieu de vêtements souillés et le jettent dans la Tamise. La scène fonctionne visuellement parce que la maîtrise qu’il s’imaginait exercer se heurte à la logistique matérielle. Le corps qui espérait du plaisir devient une cargaison.

Cette comédie physique est délibérément indigne. Elle peut aussi révéler le travail qui rend la plaisanterie possible : les domestiques déplacent le panier, suivent les consignes et gèrent la crise du foyer. Les mises en scène divergent sur le degré de douleur ou de cruauté suggéré par l’immersion. Les meilleures préservent les conséquences sans faire de la corpulence de Falstaff tout le ressort du gag ; c’est sa conduite présomptueuse, non une morphologie neutre, qui doit rester la cible.

Maître Ford, la jalousie et le déguisement de Brook

La jalousie de Ford offre à Falstaff un nouvel auditeur. Déguisé sous le nom de Brook, il paie Falstaff pour obtenir des renseignements sur la tentative de séduction de Mistress Ford. Le dispositif permet à Ford d’alimenter lui-même le récit qui le tourmente, tandis que Falstaff se vante devant le mari même qu’il croit tromper. L’ironie dramatique transforme la surveillance en blessure qu’il s’inflige à lui-même.

Les soupçons de Ford ne sont pas confirmés par le comportement de sa femme. Il lui impute sans cesse une culpabilité imaginaire malgré les preuves de sa compétence et de sa loyauté. La correction finale de son erreur compte, mais la pièce traite sa violence émotionnelle avec plus de légèreté que ne le feront beaucoup de spectateurs contemporains. Une lecture par l’histoire et les idées peut éclairer le mariage et la propriété au début de l’époque moderne sans rendre la jalousie inoffensive.

Anne Page et l’intrigue matrimoniale sous les farces

Anne Page est courtisée par Fenton, Slender et le docteur Caius, tandis que ses parents privilégient chacun un parti différent. Cette intrigue secondaire fait écho à l’action principale des épouses, car costumes, messages et erreurs d’identité déterminent qui peut choisir sa relation. Anne profite de la confusion à Herne’s Oak pour échapper aux projets conçus pour elle et épouser Fenton.

Sa victoire offre à la pièce une deuxième forme d’autonomie féminine, même si Anne bénéficie d’un développement verbal et stratégique moins riche que Mistress Ford et Mistress Page. Les motivations antérieures de Fenton et sa position sociale compliquent le dénouement amoureux. Les projets concurrents des parents sont néanmoins vaincus par celle dont ils tentaient d’organiser l’avenir. Les amateurs de romance y trouveront un mariage comique, mais pas une histoire d’amour d’une grande profondeur psychologique.

Herne’s Oak et la correction publique

La mascarade finale à Herne’s Oak transforme les intrigues domestiques en spectacle collectif. Falstaff arrive déguisé selon les instructions des épouses et se retrouve encerclé par de prétendues fées qui le pincent et l’accusent. L’obscurité, le folklore, les costumes et le jeu des enfants donnent l’impression que Windsor elle-même le juge. Les lettres privées aboutissent à une révélation publique.

La scène est théâtralement riche et moralement instable. La correction collective peut devenir une humiliation de foule, et chaque mise en scène doit décider jusqu’où la sympathie se déplace vers Falstaff. Sa réintégration dans le dénouement social empêche son exclusion complète. Après avoir révélé la tromperie, la comédie cherche à rétablir le lien, comme si la punition devait connaître une limite.

Langue, accents et dangers de la représentation

La prose et les vers de la pièce regorgent de fautes verbales, d’accents gallois et français, de jargon juridique, de latin scolaire et de noms transformés en matériau comique. Sir Hugh Evans et le docteur Caius peuvent susciter sur scène des malentendus pleins d’énergie. Ils peuvent aussi encourager des stéréotypes nationaux grossiers. Une mise en scène réfléchie situe l’humour dans la concurrence entre les vocabulaires et les échecs de la communication, plutôt que de faire d’un accent la preuve d’une infériorité.

Le langage de Falstaff reste foisonnant, mais la précision pratique des épouses lui répond constamment. Le texte gagne davantage à être joué qu’à être lu en silence, car les entrées, les auditeurs cachés, les accessoires et le rythme portent une grande part du sens. Les lecteurs habitués aux codes de la fiction littéraire devraient se demander qui sait quoi à chaque instant ; l’intelligence de l’intrigue réside dans la répartition de l’information.

Falstaff ici et ailleurs

Ce Falstaff est plus cupide, plus crédule et moins riche émotionnellement que le compagnon du prince Hal. La parfaite continuité éventuelle du personnage avec celui des pièces historiques compte moins que le changement de milieu social. Windsor le prive d’un public royal et confronte son talent d’improvisation à des femmes qui comparent leurs informations. Son esprit ne peut diriger une communauté qui refuse les rôles qu’il voudrait lui imposer.

Les lecteurs attachés à Henry IV pourront éprouver une perte. D’autres apprécieront l’expérience : placer un fripon célèbre parmi des citoyens qui n’ont aucune raison de le romantiser. Cette caractérisation plus étroite sert la comédie collective, même si elle réduit la profondeur tragi-comique. Une édition ou une représentation qui reconnaît cette différence vaut mieux qu’une version qui promettrait un Falstaff inchangé depuis les pièces historiques.

Domestiques, messages et travail derrière l’intrigue

Les stratagèmes des épouses dépendent de Mistress Quickly, de Robin, des domestiques, des lettres, des paniers, des costumes et de déplacements accomplis au bon moment dans Windsor. La comédie qui paraît spontanée à Falstaff est soigneusement produite par des personnes dont il néglige le travail. La mécanique théâtrale de la pièce reflète ce fait : acteurs et techniciens doivent se coordonner avec précision pour donner à la confusion une apparente facilité.

Mistress Quickly circule aussi entre les prétendants d’Anne Page, transmettant des promesses et entretenant des espoirs incompatibles. Son agilité verbale relève à la fois du service et de l’entreprise personnelle. Elle occupe une position socialement subordonnée tout en contrôlant les informations dont les hommes ont besoin. Le résultat n’est pas un simple portrait d’émancipation, mais il étend la capacité d’action au-delà des principaux foyers.

Prêter attention à ce travail déplace le centre moral des farces. Falstaff croit que l’argent et l’appétit l’autorisent à se servir des autres ; la riposte mobilise les relations qu’il ne voit pas. Dans le même temps, les domestiques supportent les risques physiques et les atteintes à leur réputation pour des jeux organisés au-dessus d’eux. Une mise en scène peut rendre ces dépendances visibles par les gestes et l’occupation de l’espace, au lieu de traiter chaque messager comme un rouage transparent.

Lectorat, réserves et verdict final

La pièce convient surtout aux lecteurs et aux spectateurs qui aiment les farces savamment agencées, les rivalités domestiques et les comédies portées par le jeu scénique. C’est une bonne porte d’entrée dans Shakespeare lorsqu’on la voit plutôt que de se contenter d’un résumé. Parmi les réserves figurent le contrôle jaloux, la menace d’adultère, les stéréotypes ethniques, l’humiliation physique et une économie matrimoniale qui traite Anne comme un objet de négociation. Ces éléments doivent nourrir l’interprétation plutôt que disparaître derrière l’allégresse.

The Merry Wives of Windsor est inégale, mais plus cohérente dans ses intentions que ne le laisse entendre sa réputation de véhicule mineur pour Falstaff. Mistress Ford et Mistress Page déjouent un projet prédateur par leur solidarité ; Anne Page profite de la même nuit de déguisements pour choisir Fenton ; et Maître Ford apprend que posséder n’est pas faire confiance. Herne’s Oak rapproche dangereusement la correction de la cruauté, tandis que le festin final éloigne le groupe de l’exclusion. Le verdict est une recommandation nuancée : lisez ou regardez la pièce pour la manière dont les épouses écrivent sa comédie, sans perdre de vue le coût des rires de Windsor ni l’enthousiasmante maîtrise de leur fabrication.

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