Critique de livre
Critique de The Open Universe
Karl Popper réfute le déterminisme physique en distinguant la prédiction scientifique de la nécessité métaphysique et défend un univers réellement ouvert à la nouveauté.
- Auteur
- Karl Popper
- Première publication
- 1982
Voir la source
https://openlibrary.org/works/OL1984560WCritique de The Open Universe : un plaidoyer contre un avenir fermé
Cette critique de The Open Universe montre Karl Popper sous son jour le plus fécondement combatif. Il ne vise pas l'affirmation mesurée selon laquelle les lois physiques rendent les événements intelligibles, mais la croyance plus forte selon laquelle l'état complet de l'univers à un instant donné fixe tous les événements ultérieurs, que quiconque soit ou non capable de calculer cet avenir. Popper soutient que cette doctrine emprunte souvent son autorité à la science tout en dépassant ce que l'explication scientifique a établi. Sa principale réussite consiste à distinguer prédiction, causalité, loi et nécessité métaphysique, puis à montrer que passer imprudemment de l'une à l'autre confère au déterminisme une solidité qu'il n'a pas.
La thèse du livre est donc plus précise qu'une célébration du hasard. Un univers ouvert est un univers où des événements véritablement nouveaux peuvent se produire et où l'accroissement du savoir ne se réduit pas au déroulement mécanique d'informations déjà présentes. Popper ne prouve pas que chaque choix humain est libre, pas plus qu'il ne nie l'existence de régularités. Il cherche à ménager un espace conceptuel dans lequel l'ordre physique et un avenir inachevé puissent coexister.
Un post-scriptum au long passé intellectuel
Le livre appartient au Postscript to The Logic of Scientific Discovery de Popper, projet rédigé au fil de plusieurs décennies puis publié en volumes séparés. Cette histoire a son importance. Le lecteur découvre une argumentation façonnée par les controverses du XXe siècle sur la mécanique classique, la probabilité, la théorie quantique et le statut de la prédiction scientifique, et non un panorama de la physique actuelle. Le texte ainsi obtenu comporte plusieurs strates historiques : il revient sur certaines positions, anticipe les objections et suppose une familiarité avec la philosophie des sciences développée ailleurs par Popper.
Cette origine explique aussi la vigueur de la polémique. Pour Popper, le déterminisme n'est pas une petite question technique. Il influe sur notre compréhension de l'explication, de la critique rationnelle, de la créativité et de l'histoire. Le livre récuse à plusieurs reprises l'image d'un scientifique placé en dehors d'un mécanisme cosmique achevé et se bornant à dévoiler un avenir déjà fixé. Le savoir scientifique lui-même modifie les situations dans lesquelles agissent les êtres humains. Si les découvertes de demain pouvaient être intégralement prédites aujourd'hui, raisonne Popper, elles auraient déjà été découvertes en un sens essentiel.
Plusieurs déterminismes, et non un adversaire commode
L'une des démarches les plus convaincantes du livre est taxinomique. Popper distingue les versions religieuse, métaphysique et scientifique du déterminisme au lieu de traiter toutes les affirmations relatives au destin comme interchangeables. Il s'attarde surtout sur le déterminisme scientifique, car celui-ci peut sembler découler tout naturellement du succès des lois physiques. Or la capacité d'une loi à expliquer ou à prédire dans des conditions données ne se confond pas avec l'affirmation selon laquelle le cours entier de la nature serait fixé jusque dans ses moindres détails.
Cette distinction permet au lecteur de voir comment des modèles idéalisés se chargent d'une portée métaphysique. Un modèle peut faire abstraction d'infimes différences, des limites de la mesure ou de l'influence de l'observation parce que ces facteurs sont sans importance au regard de son objectif. Il ne s'ensuit pas qu'une intelligence omnisciente pourrait reconstituer un seul avenir nécessaire simplement en ajoutant davantage de données. Popper ne prétend pas que l'ignorance humaine crée l'ouverture. Il veut que l'indétermination appartienne au monde lui-même, et non à la seule description que nous en donnons.
La prédiction et les limites de la prophétie physique
Popper s'en prend avec une insistance particulière au rêve de prédiction exacte. Toute prévision suppose un système, un état initial, des règles d'évolution et un point de vue depuis lequel recueillir les informations pertinentes. Dans la recherche réelle, chacun de ces éléments résulte d'une sélection. Les mesures ont une précision limitée, les systèmes interagissent avec leur environnement et les prédictions peuvent à leur tour intervenir dans la situation qu'elles décrivent. La célèbre image d'un esprit capable de calculer l'univers entier escamote ces conditions en imaginant un savoir sans sujet connaissant situé à l'intérieur de la nature.
L'analyse reste précieuse même là où la physique ultérieure a modifié les termes du débat. Popper montre qu'attribuer une cause à un événement ne signifie pas automatiquement que sa survenue était exactement prévisible à l'avance. De même, une loi statistique ne revient pas à avouer qu'une vérité déterministe demeure quelque part hors de notre portée. La probabilité peut décrire des tendances réelles plutôt qu'une ignorance que de meilleurs instruments finiraient par dissiper. Il faut apprécier les détails dans leur contexte historique, mais la mise en garde méthodologique conserve toute sa force : la réussite d'une prédiction ne justifie pas toutes les conclusions philosophiques qu'on lui associe.
Théorie quantique et probabilité objective
Les chapitres consacrés à la théorie quantique constitueront la partie la plus ardue pour nombre de lecteurs non spécialistes. Popper s'oppose aux interprétations qui font de la probabilité avant tout une affirmation sur le savoir de l'observateur. Son autre solution consiste à envisager des propensions objectives associées aux dispositifs physiques. Cette proposition importe parce qu'elle permet aux configurations expérimentales de présenter des tendances sans prescrire un résultat unique et inévitable. Le hasard acquiert ainsi une structure au lieu de devenir absence de loi.
Il ne s'agit pas d'une introduction à la mécanique quantique et le lecteur ne doit pas l'utiliser comme telle. Popper intervient dans des controverses d'interprétation, parfois contre des formulations que les spécialistes exprimeraient autrement aujourd'hui. L'intérêt consiste à le voir demander ce qu'une affirmation probabiliste pose comme existant. Décrit-elle une population, un degré de croyance, un dispositif reproductible ou une disposition propre à une situation particulière? Même celui que l'interprétation en termes de propensions ne convainc pas comprendra plus nettement tout ce que le langage courant des statistiques peut receler de philosophie.
Savoir, nouveauté et action humaine
L'argument le plus original concerne l'accroissement du savoir. Les théories, démonstrations, inventions et critiques nouvelles transforment les possibilités futures. Une prédiction qui en contiendrait précisément la teneur ferait elle-même exister ce savoir avant la date à laquelle il était censé être créé. Popper s'appuie sur ce problème réflexif pour récuser la prophétie historique et relier la cosmologie à sa défense plus générale d'une société ouverte. Les êtres humains n'agissent pas hors de la nature, mais certains systèmes naturels peuvent formuler des descriptions, les critiquer et modifier leur conduite en conséquence.
Il faut cependant maintenir le raisonnement dans ses limites. L'imprévisibilité ne se confond pas avec la capacité d'agir, et l'indétermination physique n'engendre pas la responsabilité morale. Une roulette n'est pas libre parce que son résultat est incertain. L'apport le plus solide de Popper est négatif, mais il libère la réflexion : il conteste une représentation qui réduit toute nouveauté à une apparence. Les lecteurs intéressés par le libre arbitre devront poursuivre leur enquête en philosophie de l'esprit et en éthique, mais ils repartiront avec une idée plus rigoureuse de ce que la physique peut ou ne peut pas trancher.
Style, qualités et précautions intellectuelles
Popper écrit avec fougue, qualité utile lorsqu'il révèle des présupposés dissimulés, mais fatigante quand il réduit ses adversaires à leur formulation la plus rigide. Les répétitions tiennent à la composition stratifiée du livre ainsi qu'à sa volonté de parer aux échappatoires qui pourraient subsister. Son raisonnement atteint sa plus grande clarté lorsqu'il définit une position, en retrace les preuves et demande quelle conclusion en découle effectivement. Il s'affaiblit lorsqu'il prête à un vaste courant intellectuel une unité plus grande que ne l'admettraient ceux qui s'en réclament.
Les exemples scientifiques historiques appellent eux aussi à la prudence. Ils témoignent de l'engagement sérieux d'un grand philosophe dans les débats de la physique, non de l'état actuel de toutes ces questions. Le lecteur doit distinguer les interrogations logiques durables des interprétations particulières de la théorie quantique ou de la prévisibilité classique. Mieux vaut aborder le livre crayon en main et être prêt à reformuler chaque grande affirmation en termes neutres avant de décider si Popper l'a réellement réfutée.
À qui s'adresse cet argument en faveur d'un univers ouvert?
Le lecteur idéal s'intéresse déjà quelque peu à la philosophie des sciences et ne s'attend pas à un ouvrage de cosmologie grand public. Connaître Popper sera utile, mais le débat central peut se suffire à lui-même pour peu qu'on soit patient. Les scientifiques qui s'intéressent aux usages métaphysiques de la prédiction, les philosophes qui étudient le libre arbitre et les historiens de la pensée du XXe siècle y trouveront des voies d'accès différentes. Ceux qui cherchent des conseils pratiques immédiats ou un exposé simple de la physique moderne devraient commencer ailleurs.
Dans notre catégorie Sciences et nature, ce livre trouve sa place auprès des ouvrages qui demandent comment les théories représentent le monde au lieu de se borner à rendre compte des découvertes. Son appartenance à Histoire et idées compte tout autant, car l'argumentation témoigne d'une époque où la mécanique quantique a jeté dans le débat philosophique public les anciennes conceptions de la loi et de la causalité.
Autres lectures et évaluation finale
Pour découvrir la conception plus générale que Popper se fait de la réfutabilité et de la critique, poursuivez avec notre critique de The Logic of Scientific Discovery. Le lecteur qui souhaite un vaste parcours, mathématiquement exigeant, à travers la théorie physique pourra lui comparer notre critique de The Road to Reality. Ni l'un ni l'autre ne pose exactement la même question : le premier établit la méthode de Popper, tandis que le second propose une autre relation entre structure mathématique et explication physique.
The Open Universe demeure précieux parce qu'il refuse de choisir trop facilement entre un mécanisme rigide et un mystère irrationnel. Sa meilleure leçon est une leçon de rigueur. Lois, causes, prédictions et nécessités ne sont pas synonymes, et l'autorité de la physique ne doit pas servir à effacer leurs différences. La défense positive des propensions avancée par Popper peut être contestée, mais son exigence de soumettre le déterminisme à une démonstration scientifique plutôt qu'à une simple rhétorique nourrit encore un débat fécond.