Critique de livre

Critique de Twelfth Night, or What You Will

La comédie de Shakespeare envoie Viola en Illyrie sous l'identité de Cesario, où désir, jeu sur le genre, ambition sociale et cruelle mystification compliquent la résolution festive.

Auteur
William Shakespeare
Première publication
1623
Couverture de Twelfth Night, or What You Will
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/works/OL362694W

Critique de Twelfth Night, or What You Will : le désir sous des identités d'emprunt

Cette critique de Twelfth Night, or What You Will soutient que la comédie de Shakespeare reste vivante au théâtre parce que le déguisement ne se contente pas de retarder la formation des couples attendus. En jouant Cesario, Viola transforme ce que les personnages peuvent désirer, dire et imaginer d'eux-mêmes. Orsino se confie à un page masculin qui est une femme déguisée ; Olivia s'éprend de Cesario ; Viola aime Orsino tout en plaidant auprès d'Olivia la cause de ce dernier. La pièce tire son plaisir de cette identité instable, puis place ce plaisir à côté de l'humiliation délibérée de Malvolio.

Probablement représentée pour la première fois vers 1601-1602 et imprimée pour la première fois dans le Premier Folio de 1623, la pièce appartient à un théâtre de l'époque moderne dont les pratiques de distribution placent la représentation du genre au centre. Les mises en scène contemporaines peuvent souligner différentes possibilités sans contraindre la comédie à livrer une doctrine définitive.

Naufrage, deuil et nécessité d'improviser

La pièce s'ouvre sur la perte avant de devenir festive. Viola croit que son jumeau Sebastian s'est peut-être noyé et arrive en Illyrie sans protection familiale. Le déguisement constitue une stratégie pratique de survie. Il lui donne accès à la maison d'Orsino, à un salaire, à une liberté de mouvement et à une parole qui seraient refusés à une étrangère sans attaches.

Olivia a elle aussi organisé sa vie autour du deuil. Son retrait du jeu amoureux lui donne la maîtrise de son temps et de sa maison, même si Orsino interprète son refus comme une étape supplémentaire de son propre récit romantique. L'arrivée de Viola déstabilise ces deux formes de chagrin. La comédie naît de personnages qui improvisent après une perte, non d'un monde qu'elle aurait épargné.

Viola et Cesario, bien davantage qu'un mécanisme d'intrigue

L'intelligence de Viola tient à sa capacité de saisir rapidement une atmosphère et les rapports de force tout en gardant plusieurs vérités distinctes. Sous l'identité de Cesario, elle doit défendre le désir d'Orsino, répondre à l'attirance d'Olivia et protéger ses propres sentiments. L'ironie dramatique permet au public d'entendre des significations qui échappent aux autres personnages.

Le déguisement crée aussi de véritables possibilités émotionnelles. Olivia est touchée par la personne qu'elle rencontre, non par la rectification ultérieure de la catégorie dans laquelle on range cette personne. Orsino noue avec Cesario une intimité qui complique le rétablissement rapide de couples hétérosexuels. Chaque mise en scène décide quelle part de malaise ou de continuité subsiste lorsque l'identité de Viola est révélée.

Ne voir en Cesario qu'une fausse identité provisoire aplatit l'expérience que la pièce a patiemment construite. Le rôle est joué, mais le fait de le jouer crée de véritables relations.

Orsino et la théâtralisation amoureuse de soi

Dans ses premiers discours, Orsino traite le désir comme une atmosphère qu'il peut entretenir. Il savoure le langage de l'amour alors même que le refus d'Olivia devrait détourner son attention. Cela le rend comique sans le priver de toute capacité à éprouver des sentiments. Ses conversations avec Cesario deviennent peu à peu plus réciproques que son fantasme consacré à Olivia.

Shakespeare distingue l'éloquence de la connaissance. Orsino peut décrire magnifiquement une émotion tout en comprenant mal les personnes les plus proches de lui. Cet écart laisse aux acteurs la possibilité de le rendre vaniteux, vulnérable ou les deux à la fois. Son revirement final fonctionne d'autant mieux que la mise en scène a montré que son attachement à Cesario dépasse déjà la cour affichée qu'il fait à Olivia.

La capacité d'agir d'Olivia et la comédie des méprises

Olivia n'est pas seulement un objet que l'intrigue ferait passer d'Orsino à Sebastian. Elle dirige une maison, repousse un duc, interroge directement Cesario et agit en fonction de son désir. Son erreur est réelle, mais elle découle de son initiative et non de sa passivité.

Son attirance révèle les limites de la lisibilité sociale. Elle interprète Cesario à partir des signes dont elle dispose et découvre en lui des qualités qui manquent aux discours bien rodés d'Orsino. Lorsque Sebastian paraît, leur ressemblance permet à l'intrigue de satisfaire les conventions, mais la substitution émotionnelle reste étrange. Une bonne interprétation fait coexister le soulagement avec le constat qu'Olivia a épousé quelqu'un qu'elle connaît à peine.

Feste, Maria, Toby et les différentes formes d'esprit

L'intrigue secondaire propose plusieurs formes d'intelligence. Son statut de bouffon autorise Feste à repérer les illusions que chacun entretient sur soi, quelle que soit sa classe sociale. Maria transforme son sens de l'observation en lettre contrefaite. Sir Toby profite de la fête aux dépens des ressources de la maison d'Olivia, tandis que Sir Andrew est à la fois complice et cible.

Leur comédie doit son énergie à sa dimension collective. Elle repose aussi sur une profonde inégalité sociale. Le groupe peut transformer l'ambition privée de Malvolio en preuve publique de folie parce qu'il maîtrise la scène qui l'entoure. L'esprit devient un pouvoir lorsque plusieurs personnes s'accordent pour entretenir la même interprétation mensongère.

Les chansons de Feste et la place qu'il occupe à la fin maintiennent la mélancolie au cœur de la célébration. Il sait que les permissions accordées par la fête prennent fin et que les intempéries du quotidien reprennent leurs droits.

Malvolio et la cruauté au cœur de la fête

Malvolio est vaniteux, répressif et hostile au plaisir des autres. Ces traits expliquent le désir de vengeance de la maisonnée ; ils ne justifient pas tout ce qu'on lui inflige. La fausse lettre l'encourage à interpréter des signes ordinaires comme des preuves de l'amour d'Olivia. Son enfermement ultérieur fait passer la moquerie à la coercition.

Son ambition est également marquée par la classe sociale. Le fantasme d'épouser Olivia menace serviteurs et fêtards parce qu'il bouleverserait la répartition de l'autorité. On peut rire de ses bas jaunes tout en éprouvant un malaise devant une communauté qui fabrique des preuves contre une personne isolée.

Le dénouement ne le réconcilie avec personne. Sa promesse de vengeance interrompt les noces et empêche l'harmonie festive de prétendre au consentement universel. Cette colère irrésolue constitue une force artistique, non une fausse note acide introduite par accident.

Genre, sexualité et histoire de la représentation

Sur la scène de Shakespeare, un jeune acteur jouait Viola, laquelle interprétait Cesario, créant ainsi plusieurs strates que le public de l'époque pouvait reconnaître. La distribution contemporaine apporte à la même structure d'autres histoires et d'autres identités. Aucune mise en scène ne peut épuiser à elle seule le traitement du genre ou du désir dans la pièce.

La comédie aboutit bien à des mariages socialement approuvés, mais le chemin emprunté importe. L'attirance traverse les catégories de genre apparentes dont disposent les personnages. L'intimité se forme par l'intermédiaire d'une identité jouée. Le retour à l'ordre n'efface ni les plaisirs ni les inquiétudes libérés par la représentation.

Il faut éviter de faire de la pièce une simple déclaration identitaire moderne, mais aussi de considérer sa fluidité comme dépourvue de sens. La différence historique et la résonance contemporaine peuvent être pensées ensemble.

Points forts, réserves et accès à la pièce

La principale force de la pièce réside dans son contrepoint structurel. L'intrigue amoureuse et celle de la mystification reposent toutes deux sur des signes mal interprétés, mais l'une élargit le champ du désir tandis que l'autre aboutit au châtiment. Sa deuxième force est sa variété verbale : excès courtois, improvisation pratique, chanson, insulte et prose contrefaite créent des univers sociaux distincts. La troisième est son ouverture à l'interprétation scénique.

Les réserves portent sur l'enfermement, les menaces de violence, le harcèlement, le mépris de classe, la manipulation et les présupposés liés au genre. La langue peut être difficile à la lecture ; une interprétation solide éclaire souvent les mobiles et le rythme mieux que des notes seules.

Les lecteurs qui préfèrent une comédie forestière plus douce peuvent se tourner vers As You Like It. Pour une confusion entre jumeaux moins chargée d'ambiguïté amoureuse, The Comedy of Errors offre une comparaison utile. On peut aussi parcourir les catégories poésie et théâtre et littérature classique.

Antonio et les relations qui échappent au modèle nuptial

Le dévouement d'Antonio envers Sebastian introduit dans le dernier acte une autre forme d'attachement, que le modèle matrimonial ne récompense pas. Il prend le risque d'entrer dans une Illyrie hostile, prête de l'argent, puis subit ce qui lui paraît être le reniement de Sebastian lorsque Viola est prise pour son frère. La scène est comique sous l'angle de la confusion entre jumeaux et douloureuse sous celui de la confiance. La présence d'Antonio rappelle que la pièce contient des loyautés et des désirs que les couples finaux ne peuvent absorber. Les mises en scène diffèrent par la manière plus ou moins explicite dont elles présentent ses sentiments, mais l'ignorer rendrait la résolution faussement complète. Son exclusion fait écho à celle de Malvolio sur un autre registre : la fête réorganise la maisonnée tout en laissant hors de ses récompenses des personnages dont le poids émotionnel est considérable.

Public visé et évaluation finale

Twelfth Night convient aux lecteurs qui aiment les comédies laissant un arrière-goût, les personnages dont l'identité dépend du regard du public et les dénouements qui résolvent mieux les problèmes pratiques que les questions éthiques. La pièce récompense la relecture et surtout la comparaison des mises en scène, car le ton détermine si chaque scène paraît tendre, menaçante ou les deux à la fois.

La réussite durable de la pièce consiste à rendre visiblement théâtrale l'identité sociale sans déclarer les sentiments irréels. Le déguisement de Viola crée un attachement véritable ; la lettre contrefaite de Maria produit une souffrance réelle. Shakespeare permet à la représentation de libérer comme d'emprisonner, et la différence irrésolue entre ces deux usages maintient l'agitation intellectuelle de la comédie.

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