Critique de livre

Critique de New viewpoints in American history

Cette critique de New viewpoints in American history examine le recueil d’essais de 1922 d’Arthur M. Schlesinger comme une tentative précoce d’élargir le cadre de l’histoire des États-Unis au-delà des présidents et des batailles.

Auteur
Arthur M. Schlesinger
Première publication
1922
Couverture de New viewpoints in American history
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/works/OL40290W

critique de New viewpoints in American history : un regard sur la réinterprétation de l’histoire américaine

Les lecteurs de New viewpoints in American history devraient aborder le recueil d’Arthur M. Schlesinger de 1922 moins comme une histoire nationale définitive que comme une intervention révélatrice dans la manière d’organiser l’histoire nationale. L’ouvrage compte parce qu’il cherche à desserrer une vieille habitude, plus étroite, de raconter le passé. Au lieu de traiter les États-Unis principalement à travers les présidents, la diplomatie et la succession des batailles, il met en avant les forces sociales, les humeurs politiques, les conflits de sections, l’immigration, les femmes et les significations mouvantes de la démocratie. Cela ne le rend pas pleinement moderne, et cela ne l’affranchit certainement pas des présupposés de son époque. En revanche, cela en fait un document important dans l’évolution de l’interprétation historique américaine.

Le point critique central est simple. New Viewpoints in American History est surtout stimulant lorsqu’on le lit comme un livre sur la perspective plutôt que comme une autorité finale. Ce n’est pas l’endroit où chercher le récit le plus actuel de l’esclavage, de la race, de l’expropriation autochtone ou de la lutte démocratique. C’est l’endroit où l’on peut voir un historien plus ancien s’opposer à un cadre purement patriotique ou purement institutionnel et demander aux lecteurs de remarquer des forces que les anciennes synthèses atténuaient souvent ou ignoraient. En ce sens, le titre est honnête. La valeur du livre réside dans ce geste de reconfiguration du regard.

C’est aussi pour cela que le livre mérite une critique professionnelle plutôt qu’un simple résumé de catalogue. Une œuvre de ce type peut paraître mineure si on la juge seulement à son âge ou à l’ampleur des travaux plus récents qui l’ont suivie. Mais si l’on s’intéresse à la manière dont l’histoire américaine s’est mise à s’écrire autrement, les essais de Schlesinger deviennent plus intéressants. Ils montrent qu’un déplacement interprétatif est en cours. Ils montrent aussi à quel point ce déplacement restait partiel.

Quel type d’histoire Schlesinger cherche à écrire

La première chose à comprendre, c’est qu’il ne s’agit pas d’un récit continu unique doté d’un arc dramatique central. C’est un recueil d’essais, et la forme de l’essai compte. Chaque chapitre aborde le passé national sous un angle légèrement différent, en demandant ce qui devient visible lorsqu’on s’éloigne du récit politique le plus formel. Même la table des matières suggère cette méthode d’élargissement. Le livre s’intéresse à la démocratie, à l’immigration, aux femmes, aux conflits régionaux et à la frontière, aux côtés de thèmes politiques plus familiers. C’est cette amplitude qui fait le projet.

L’instinct directeur de Schlesinger semble être qu’on ne peut pas raconter convenablement l’histoire américaine si on la réduit aux titulaires de charges publiques et aux jalons constitutionnels. Il veut observer le mouvement social. Il veut que les lecteurs voient comment la position de classe, la migration, le sentiment public, la région et l’identité collective modifient les résultats politiques. Cela peut paraître ordinaire aujourd’hui, mais c’était un véritable changement de direction à l’intérieur de l’ancienne historiographie américaine. L’importance du livre tient en partie au fait qu’il aide à documenter ce déplacement.

Cela ne signifie pas que Schlesinger rejette l’histoire politique. Au contraire, la politique reste centrale. Mais elle n’est pas traitée comme une chambre close où les élites agissent sur un pays passif. Les essais tendent vers une conception plus poreuse de la nation, dans laquelle le développement politique est entremêlé à la vie sociale ordinaire, aux publics changeants et aux idées disputées sur qui compte dans le récit national.

Là où le livre est le plus fort

La force la plus nette de New Viewpoints in American History est son refus de laisser l’histoire nationale demeurer purement cérémonielle. Schlesinger veut du mouvement, du conflit et de la pression à l’intérieur du cadre. Cela compte parce que l’histoire américaine est souvent aplatie lorsqu’elle n’est racontée que comme succession institutionnelle ou comme auto-célébration nationale. Un livre qui insiste sur le fait de regarder de côté autant qu’en haut accomplit déjà un travail utile.

Une autre force tient à la concision des essais. Comme le livre ne cherche pas à être une synthèse encyclopédique, ses inflexions interprétatives restent visibles. On peut voir Schlesinger décider de ce qui mérite d’être mis en avant. On peut voir quels types d’explication l’attirent et quels récits hérités il semble vouloir réviser. Pour les lecteurs intéressés par la façon dont se construit l’argument historique, cette transparence est une vraie qualité. Les essais ne sont pas si dispersés que leur méthode se perde sous leur masse.

Le livre est aussi solide comme texte-pont. Lu seul, il peut sembler partiel. Lu dans une perspective comparative, il devient beaucoup plus riche. Placé à côté de A People and a Nation, il aide à expliquer comment des histoires plus tardives de synthèse ont fini par intégrer davantage de texture sociale et culturelle dans une vue d’ensemble nationale. Placé à côté de A People's History of the United States, il montre un stade antérieur de la révision, moins radical dans le ton et moins systématique dans la critique morale, mais toujours insatisfait d’un récit officiel étroit. Placé à côté de The Souls of Black Folk, il devient encore plus révélateur, car W. E. B. Du Bois apporte une concentration intellectuelle et morale sur la race, la citoyenneté et l’appartenance nationale qui met au jour à la fois l’ambition et les limites du re-cadrage plus large de Schlesinger.

Il y a aussi une force pratique dans l’honnêteté du titre. Un livre intitulé New viewpoints in American history annonce que son affaire est l’interprétation. Le cadrage de Schlesinger admet au moins que la place d’où l’on regarde façonne ce que l’on voit. Pour un lecteur général qui cherche à former son esprit critique, cet aveu est salutaire.

Race, esclavage, histoire autochtone et limites d’un cadre de 1922

C’est la partie où une critique moderne doit ralentir et parler clairement. Un livre publié en 1922 ne peut pas être lu innocemment sur les questions de race, d’esclavage, d’histoire autochtone et de pouvoir national. Même lorsqu’un historien du début du XXe siècle élargit le cadre, cet élargissement peut encore rester en deçà de ce qu’attendent aujourd’hui des lecteurs responsables. L’essentiel est de distinguer deux affirmations qui sont toutes deux vraies. Premièrement, Schlesinger semble plus intéressé que bien des historiens nationalistes plus anciens par les forces qui débordent la politique des élites. Deuxièmement, cet intérêt plus large ne produit pas automatiquement un compte rendu adéquat de l’agentivité, de la souffrance ou de la vie intellectuelle des peuples opprimés.

Pour les lecteurs qui découvrent l’ouvrage aujourd’hui, l’attente la plus sûre et la plus juste est la suivante : Schlesinger est utile comme élément de l’histoire de l’historiographie, non comme substitut aux travaux ultérieurs façonnés par les études noires, les études autochtones, l’histoire du travail, l’histoire des femmes et le travail archivistique plus approfondi de la fin du XXe siècle et du XXIe siècle. Ses essais peuvent évoquer des questions d’esclavage, de conflit entre sections, d’immigration, d’inclusion démocratique ou de statut des femmes d’une manière qui était expansive pour son moment. Mais les lecteurs ne devraient pas confondre une expansion précoce avec une justice pleine et entière.

Cette réserve compte tout particulièrement pour des sujets comme l’esclavage et la race. On ne peut pas comprendre les États-Unis sans eux. Pourtant, les histoires plus anciennes filtraient souvent ces réalités à travers les priorités du développement national, du conflit partisan ou de la crise de section, plutôt que de placer la vie noire et l’agentivité politique noire au centre, selon leurs propres termes. Le lecteur doit partir de l’idée que ce livre porte une partie de cette limitation. Il peut toujours valoir la peine d’être lu, mais il doit être lu en dialogue avec des ouvrages qui restituent la perspective de l’intérieur de l’expérience et de la pensée noires, notamment The Souls of Black Folk, Narrative of the Life of Frederick Douglass et Up from Slavery.

Le même principe s’applique à l’histoire autochtone. Une histoire qui traite la frontière comme un thème national peut révéler beaucoup de choses sur l’expansion, l’identité démocratique et l’idéologie de l’occupation. Mais les lecteurs modernes doivent rester attentifs au fait que le langage de la « frontière » peut aisément masquer les nations autochtones, la souveraineté, la violence et l’expropriation. Il ne s’agit pas de rejeter le livre parce qu’il est ancien. Il s’agit de le lire avec exactitude.

Style, structure et expérience de lecture aujourd’hui

Comme il s’agit d’un recueil d’essais, l’expérience de lecture est plus fragmentée et plus argumentative qu’une enquête nationale continue. Cela peut être un avantage. Il n’est pas nécessaire de se soumettre à un long flux narratif unique. Au contraire, on passe d’un problème à l’autre, d’un accent à l’autre, en observant comment Schlesinger reconfigure le terrain. Les lecteurs qui aiment s’arrêter, annoter et comparer trouveront probablement cette structure gratifiante.

La prose, comme on peut s’y attendre pour l’époque, a de fortes chances de paraître plus formelle que la voix d’un ouvrage d’histoire grand public contemporain. Mais formel ne veut pas nécessairement dire inerte. Les livres de ce type portent souvent une certaine vivacité, parce que l’auteur cherche à faire avancer une interprétation plutôt qu’à produire un récit immersif scène par scène.

Cela signifie que les lecteurs en quête d’un grand récit dramatique risquent de rester sur leur faim. Ce n’est pas le genre de livre qui cherche à entourer le lecteur d’une atmosphère historique richement peuplée, à la manière d’une biographie monumentale telle que Abraham Lincoln. Il est plus vif et plus ramassé que cela. Ses plaisirs sont intellectuels plutôt que panoramiques. On le lit pour le déplacement des priorités, non pour une immersion totale.

La structure aide aussi à comprendre pourquoi le livre conserve une valeur durable en bibliothèque, même si les recherches plus récentes l’ont dépassé sur bien des points. Les essais vieillissent différemment des synthèses. Un recueil d’essais peut rester intéressant parce qu’il capture un argument en train de se faire. Le livre de Schlesinger possède cet avantage.

Il y a cependant une limite inscrite dans cette même forme. Parce que chaque essai défend un point de vue, le recueil peut ne pas satisfaire les lecteurs qui veulent une carte pleinement intégrée du passé national. Le livre ouvre mieux des pistes qu’il ne les clôt. C’est l’une des raisons pour lesquelles il fonctionne mieux comme étape dans un parcours de lecture que comme mot final.

Qui devrait le lire, et qui devrait probablement s’en abstenir

C’est un bon choix pour les lecteurs intéressés par l’historiographie, par l’histoire interprétative plus ancienne et par l’élargissement progressif du canon historique américain. Si vous aimez vous demander non seulement « que s’est-il passé ? » mais aussi « comment les historiens ont-ils choisi de raconter ce qui s’est passé ? », alors Schlesinger mérite votre temps. Le livre est également utile aux lecteurs qui veulent comparer différentes échelles et différentes tonalités de l’écriture de l’histoire des États-Unis : synthèse de manuel, synthèse révisionniste, récit autobiographique, biographie politique et recueil d’essais.

Il convient moins bien aux lecteurs qui veulent une introduction unique et fiable à l’histoire américaine et ne prévoient pas d’aller au-delà. À cette fin, le livre est trop partiel et trop daté dans son cadre. Un lecteur novice dans le domaine apprendrait davantage en commençant par une synthèse plus large comme A People and a Nation, puis en allant vers des corrections plus tranchées. Schlesinger prend tout son sens une fois que l’on comprend déjà pourquoi l’angle interprétatif importe.

Ce n’est pas non plus la meilleure première étape pour les lecteurs qui recherchent le traitement le plus solide possible de l’esclavage, de la Reconstruction, de la pensée noire, de l’expropriation autochtone, de la lutte ouvrière ou de l’histoire de l’immigration en tant que telles. Le livre peut signaler ces questions, mais il ne peut pas se substituer à des travaux plus ciblés. Les lecteurs attirés par ces thèmes devraient considérer Schlesinger comme une voix historique parmi d’autres, et non comme un point d’arrivée.

Le meilleur lecteur pour ce livre est quelqu’un qui accepte la vision double : assez généreux pour apprécier la tentative d’un historien plus ancien d’élargir le champ, assez sceptique pour voir les limites de cet élargissement, et assez curieux pour utiliser l’ouvrage comme tremplin vers des lectures voisines plus solides. Dans cette disposition d’esprit, le recueil devient bien plus qu’un témoignage d’époque. Il devient une carte d’une manière transitoire de penser.

Meilleurs compagnons et alternatives

Le compagnon interne le plus fort est A People's History of the United States. Les deux livres sont très différents par le ton et l’ampleur, mais ils partagent une insatisfaction à l’égard des récits trop étroitement officiels. Les lire ensemble montre à quel point l’histoire révisionniste ultérieure est devenue plus combative. Zinn écrit avec une pression polémique ; Schlesinger semble plus ancien, plus essayistique et moins totalisant. La comparaison est instructive précisément parce qu’elle est inégale.

A People and a Nation est le meilleur contrepoint si vous voulez voir comment une synthèse nationale grand public absorbe une partie des impulsions d’élargissement que des livres comme celui de Schlesinger ont contribué à normaliser. Il offre une orientation bien plus large, une stabilité chronologique plus forte et un équilibre plus proche du manuel entre institutions et expérience vécue. Lire les deux ensemble clarifie ce que l’on gagne lorsque l’innovation interprétative devient partie intégrante de l’histoire de synthèse standard, et ce que l’on risque de perdre lorsque l’argument se lisse en simple couverture.

Pour les lecteurs qui veulent une confrontation plus concentrée avec la race, la citoyenneté et les échecs de la démocratie américaine, The Souls of Black Folk est indispensable. Du Bois n’ajoute pas simplement un autre point de vue. Il déplace le centre moral et intellectuel de la discussion. Il en va de même, dans un registre différent, de Narrative of the Life of Frederick Douglass, qui apporte une autorité de première main à des questions qu’un vaste essai historique ne peut qu’aborder de l’extérieur.

Si votre intérêt porte sur la réforme, l’action sociale de proximité, l’immigration et la vie publique à l’échelle du terrain, 20 Years at Hull House est également une étape judicieuse. Il réduit l’échelle mais accroît la texture vécue. Cela en fait un complément utile à la distance interprétative de Schlesinger.

Verdict final

New Viewpoints in American History n’est pas un chef-d’œuvre caché que les lecteurs modernes auraient laissé de côté par négligence. Ses limites sont réelles, et elles sont inséparables de sa date. Mais ce n’est pas non plus une simple curiosité. C’est un témoignage sérieux, encore utile, de l’élargissement interprétatif dans l’écriture de l’histoire américaine. Schlesinger veut que la nation apparaisse moins comme un défilé d’actes officiels et davantage comme un champ de mouvements sociaux, de démocratie contestée, de tensions régionales, d’immigration et de vie publique changeante. Cette ambition mérite toujours d’être remarquée.

Ce qui compte finalement en sa faveur n’est pas l’exhaustivité. C’est la direction. Les essais s’éloignent d’un récit triomphal étroit pour aller vers un tableau national plus complexe, même s’ils ne peuvent ni ne veulent porter cette complexité assez loin pour les critères actuels. Le recueil convient donc surtout aux lecteurs intéressés par les moments de transition dans la pensée historique : ces endroits où le canon commence à bouger avant d’avoir appris jusqu’où ce mouvement doit aller.

La recommandation est donc mesurée, mais réelle. Lisez ce livre si vous voulez comprendre une étape de la formation de l’historiographie américaine moderne. Lisez-le avec des compagnons contemporains à portée de main, et ne le lisez pas comme une carte définitive.

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