Critique de livre

Critique de Once and Then

Cette critique de Once and Then voit dans le diptyque de Morris Gleitzman un récit limpide et éprouvant sur l’amitié, les histoires et le choix moral dans la Pologne occupée par les nazis.

Auteur
Morris Gleitzman
Première publication
2009
Couverture de Once and Then
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/works/OL21022265W

Cette critique de Once and Then considère le volume réuni comme bien plus que l’association commode de deux courts romans. Morris Gleitzman construit un parcours moral continu : Felix, un garçon juif dans la Pologne occupée par les nazis, interprète d’abord le danger à travers la logique pleine d’espoir des histoires, avant de devoir agir avec une conscience beaucoup plus aiguë de ce que les êtres humains sont capables de s’infliger. La prose reste accessible, les chapitres s’enchaînent rapidement et l’imagination de Felix suscite des éclats d’humour. Mais le livre ne se sert jamais de ces qualités pour réduire la persécution à une aventure quelconque. Sa réussite consiste à montrer l’innocence mise sous pression : l’imagination peut aider un enfant à tenir, mais elle ne peut maintenir éternellement le réel à distance.

Critique de Once and Then : deux romans, un seul arc moral

Lire Once et Then à la suite offre avant tout une véritable continuité. Au début de Once, Felix vit dans un orphelinat catholique en 1942 et reste convaincu que ses parents libraires vont revenir. S’il comprend mal les nazis, ce n’est pas par stupidité. Son cadre mental est celui d’un enfant que ses parents ont essayé de protéger et dont le réflexe le plus profond consiste à transformer les événements en histoires. Lorsqu’il quitte l’orphelinat pour partir à leur recherche, le voyage détruit progressivement les explications qui rendaient jusque-là son monde supportable.

Then commence aussitôt après l’évasion qui clôt le premier roman. Felix et la jeune Zelda sont en fuite, et les questions pratiques deviennent urgentes : où se cacher, quelle identité jouer, quels adultes seraient prêts à prendre le risque de les aider ? Genia, la Polonaise qui recueille les enfants, élargit le champ moral du livre. Protéger quelqu’un n’est ni simple ni abstrait ; cela met la personne qui porte secours en danger et fait cohabiter, sous un même toit, préjugés, peur, affection et responsabilité.

Cette progression donne au volume réuni une forme qu’aucun des deux romans ne possède isolément. Le premier mouvement est celui de la découverte : Felix apprend que ses explications ne suffisent pas. Le second est celui de l’endurance : le savoir doit se transformer en jugement. Une lecture continue donne également davantage de sens aux éléments répétés. Les noms, les déguisements, les histoires et les promesses cessent d’être des motifs charmants pour devenir des outils dont la valeur dépend de l’usage responsable qui en est fait.

La voix de Felix construit le savoir par l’ironie dramatique

Le choix le plus déterminant de Gleitzman est celui d’un narrateur enfant à la première personne. Felix décrit ce qu’il voit dans une langue directe et vive, mais le lecteur perçoit souvent la menace avant lui. Cet écart produit une ironie dramatique dotée d’une fonction éthique. Il place le public au plus près de la vulnérabilité d’un enfant, sans prétendre qu’un enfant puisse expliquer toute la mécanique de la persécution nazie.

La méthode est particulièrement efficace au début de Once. Felix interprète les signes selon le monde qu’il voudrait voir exister : ses parents peuvent encore revenir, brûler des livres doit être une affaire qui concerne les livres, et une histoire assez bonne peut peut-être améliorer une situation désespérée. Les connaissances historiques du lecteur transforment ces conclusions optimistes en avertissements. À mesure que Felix rencontre des familles déplacées, la violence, la clandestinité et la déportation, son récit se modifie, non par une leçon soudaine, mais par une accumulation de rectifications. Son imagination reste intacte, mais son attention change d’objet. Pour survivre, il lui faut remarquer ce que les adultes veulent dire, ce qu’ils cachent et le prix que peut coûter une explication rassurante.

Cette retenue a ses limites. Parce que les romans restent enfermés dans la conscience de Felix, les institutions et les enchaînements historiques sont esquissés plutôt qu’expliqués en détail. C’est une force formelle si le livre est abordé comme une lecture pour jeunes adultes et comme le point de départ d’une discussion. Cela ne devient une faiblesse que si l’on demande au roman de tenir lieu, à lui seul, de cours d’histoire. Felix peut rendre l’expérience immédiate ; il ne peut fournir tout le contexte que sa propre situation lui refuse.

Raconter : refuge, instrument et responsabilité

Les histoires de Felix placent une question critique singulière au cœur du diptyque : que peut l’imagination lorsque toute sécurité matérielle s’est effondrée ? Au départ, les récits sont un refuge intime. Ils préservent l’idée de ses parents, ordonnent des indices effrayants et lui permettent d’imaginer que les événements obéissent encore à des schémas bienveillants. Lorsqu’il devient responsable de Zelda et d’autres enfants, l’histoire racontée acquiert une fonction sociale. Elle peut distraire, encourager, expliquer et contribuer à fabriquer des identités susceptibles de passer inaperçues sous un regard hostile.

Gleitzman ne se contente pas de l’affirmation facile selon laquelle les histoires sauvent. Les inventions de Felix sont parfois utiles, mais elles peuvent aussi retarder la prise de conscience ou masquer un fait qu’une autre personne doit affronter. Les romans éprouvent sans cesse la frontière entre entretenir l’espoir et refuser la vérité. Cette tension confère un poids inhabituel à une prose simple. Un récit optimiste peut se montrer généreux à un moment et dangereux au suivant ; une vérité douloureuse peut blesser tout en rendant possible une action responsable.

C’est ici que la structure en deux livres justifie son ampleur. Once présente la créativité comme la réaction instinctive de Felix. Then demande ce qui se produit lorsque l’expérience a révélé les limites de cet instinct. La réponse n’est pas le cynisme. Felix ne mûrit pas moralement en perdant son imagination. Il apprend à l’associer à l’attention, à la loyauté et au choix. Il en ressort une défense des histoires plus exigeante qu’un éloge général des livres : le récit compte parce que chacun demeure responsable des mondes que ses histoires donnent à percevoir aux autres.

L’amitié empêche l’espoir de devenir sentimental

Le lien entre Felix et Zelda constitue le centre émotionnel du récit, mais il ne s’agit pas d’une amitié idéalisée entre deux enfants interchangeables. Ils diffèrent par l’âge, les connaissances, l’histoire familiale et leur façon de réagir à la peur. Zelda peut se montrer impulsive et combative ; Felix endosse souvent le rôle du protecteur alors qu’il reste lui-même un enfant effrayé. Leur affection crée donc des obligations, et pas seulement de la chaleur. Chacun doit décider quoi dire, quoi dissimuler et quel danger accepter pour l’autre.

Leur relation complique aussi la question de l’identité héritée. Les origines familiales de Zelda ne peuvent être rabattues sur la judéité de Felix ni servir à annuler la persécution qu’il subit. Les livres insistent au contraire sur le fait que les enfants ne se confondent pas moralement avec les systèmes ou les adultes qui les entourent. La loyauté de Felix envers Zelda refuse ainsi la logique déshumanisante qui le menace lui-même. Cela ne résout pas l’histoire, mais maintient l’attention morale sur les choix accomplis envers des personnes précises.

Le courage des adultes apparaît lui aussi comme une action, non comme une sainteté. Barney dans Once et Genia dans Then protègent des enfants alors qu’apporter de l’aide comporte un risque extrême. Leur présence empêche les romans de présenter la survie comme la récompense de l’ingéniosité. La débrouillardise de Felix compte, tout comme le choix des adultes disposés à mettre leur abri, leur autorité et leurs connaissances pratiques au service d’inconnus vulnérables. Les lecteurs intéressés par ce rapport entre action individuelle et pression historique pourront poursuivre leur parcours dans la sélection histoire et idées.

Forces : concision, maîtrise du ton et véritable progression

La concision est la qualité la plus évidente du livre. Des chapitres courts et un motif narratif récurrent créent de l’élan sans réduire le voyage à une succession d’évasions. Chaque rencontre modifie la compréhension de Felix : le déplacement à travers le paysage est donc aussi un passage des présupposés à la lucidité. La langue dépouillée rend les romans abordables, tandis que leurs implications restent assez complexes pour nourrir un échange entre adultes et jeunes lecteurs.

La maîtrise du ton importe tout autant. L’humour naît du point de vue de Felix et de la relation entre les enfants, jamais d’une dérision de la souffrance. La tendresse côtoie la terreur sans l’effacer. Gleitzman peut rendre amusante l’interprétation étrange d’un enfant tout en faisant sentir au lecteur la menace qui l’entoure. Cet équilibre est difficile à tenir, surtout dans une fiction destinée aux plus jeunes, car la volonté de rassurer peut facilement devenir une esquive. Ici, l’espoir survit grâce au soin porté aux autres, non grâce à la promesse que la bonté empêchera la perte.

Le diptyque offre également une véritable évolution du personnage. Felix ne devient pas simplement plus courageux. Il apprend à distinguer l’histoire qu’il aimerait croire des preuves qui exigent une réaction. Son espoir persistant paraît ainsi éprouvé plutôt qu’automatique. Cette transformation est douloureuse, mais elle évite l’autre simplification qui ferait du désespoir la seule conséquence possible de la connaissance des atrocités.

Réserves : intensité, cadre historique et limites de la fiction

La matière est émotionnellement intense. Les romans mettent en scène la persécution antisémite, des enfants en danger, la séparation, la mort, le deuil, la clandestinité et la menace constante d’une trahison. Le style direct ne s’attarde pas sur les détails graphiques, mais il ne faut pas confondre retenue et douceur. La puissance des livres vient en partie de la brusquerie avec laquelle la violence entre dans le champ d’attention d’un enfant. Certains jeunes lecteurs mûrs seront prêts à vivre cette expérience ; d’autres gagneront à être accompagnés par un adulte capable de leur apporter du contexte et un espace pour leurs questions.

Cet accompagnement importe parce que le savoir partiel de Felix est conçu pour laisser des lacunes. La discussion peut distinguer l’expérience d’un enfant de l’histoire plus vaste de la Shoah, préciser le caractère organisé de la persécution nazie et prévenir l’impression que les récits de sauvetage exceptionnel auraient constitué l’issue habituelle. La fiction de l’auteur est une porte d’entrée, non un témoignage documentaire.

Cette distinction est inscrite dans le propre récit que Gleitzman fait de l’écriture des livres. Il évoque des recherches fondées sur des journaux intimes, des lettres, des mémoires, des musées et des voyages en Pologne, ainsi que la portée personnelle du lien de son grand-père juif avec Cracovie. Il cite aussi l’éducateur et défenseur des enfants Janusz Korczak parmi les sources d’inspiration du personnage de Barney. Ces éléments expliquent le sérieux des romans, mais ne transforment pas Felix en témoin historique. Après la fiction, les lecteurs devraient rencontrer les voix de personnes qui ont vécu cette période.

Contexte et autres choix pour poursuivre la lecture

Pour un autre roman qui présente le danger et le sauvetage à travers la compréhension limitée d’une jeune personne, Number the Stars de Lois Lowry est l’étape suivante la plus proche. Son cadre et sa structure différents rendent la comparaison féconde : les deux livres demandent ce que signifie le courage lorsque des enfants dépendent des adultes, mais répartissent autrement le savoir et le suspense.

The Book Thief de Markus Zusak propose une architecture narrative plus ample et plus consciente d’elle-même. C’est une excellente alternative pour les lecteurs attirés par la langue, les livres et le choix moral, mais désireux de découvrir une distribution plus vaste et une voix narrative très éloignée de celle, immédiate, de Felix. La comparaison révèle aussi tout ce que Gleitzman accomplit par la brièveté et par son refus de livrer des informations que Felix ne peut pas encore comprendre.

The Diary of a Young Girl d’Anne Frank relève d’une autre catégorie. Il ne s’agit pas d’un autre roman sur la Shoah, mais d’un document personnel de première main, à aborder comme tel. Le lire après Once and Then aide à préserver une distinction essentielle : le Felix imaginé par Gleitzman peut faire naître l’empathie et les questions, tandis qu’un journal historique confronte le lecteur à une voix individuelle formée au cœur même des événements.

Verdict final : une prose accessible, une lourde charge morale

Once and Then s’adresse surtout aux lecteurs prêts à rencontrer un récit rapide dont l’accessibilité ne diminue en rien le sérieux. Son procédé le plus efficace n’est pas seulement le suspense, mais la distance changeante entre les explications optimistes de Felix et les vérités qu’il apprend à reconnaître. L’édition réunie rend cette évolution particulièrement claire et transforme deux aventures liées en une réflexion sur l’imagination, la responsabilité et les obligations créées par l’amitié.

Les limites du livre constituent aussi des raisons de le lire avec attention. Le point de vue enfantin ne peut livrer une histoire complète, la retenue ne rend pas le sujet indolore et les personnages inventés doivent conduire vers les témoignages plutôt que s’y substituer. Dans ces limites, Gleitzman crée une fiction historique convaincante : émotionnellement immédiate sans être seulement manipulatrice, porteuse d’espoir sans nier la catastrophe, et assez directe pour les plus jeunes tout en laissant aux adultes des questions graves sur le sauvetage, les préjugés et le choix moral.

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