Critique de livre

Critique de That Was Then, This Is Now

Cette critique de That Was Then, This Is Now explore le roman pour jeunes adultes de S. E. Hinton comme repère pour comparer les récits d’apprentissage, les conflits entre pairs et les pressions familiales.

Auteur
S. E. Hinton
Première publication
1971
Couverture de That was then, this is now
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/works/OL2718327W

Critique de That Was Then, This Is Now : quand la loyauté cesse d’être innocente

Cette critique de That Was Then, This Is Now place au centre du roman de S. E. Hinton l’évolution du lien entre Bryon Douglas et Mark. Ils ont grandi dans une intimité fraternelle et adopté les habitudes de garçons qui survivent grâce à leur charme, aux bagarres et aux risques partagés. Le titre nomme la rupture avant que l’intrigue ne l’explique : ce qui passait autrefois pour de la loyauté ne peut plus suffire sur le plan moral lorsque la violence et la drogue révèlent les conséquences du code de Mark.

Bryon raconte depuis l’intérieur de ce changement. Sa voix est directe, attentive et moins innocente qu’il ne le comprend d’abord. Mark n’ayant pas droit à un point de vue équivalent, les lecteurs vivent la maturité comme une découverte de Bryon tout en devant se demander ce que son récit ne parvient pas à comprendre de l’ami qu’il condamne.

Bryon et Mark : une fraternité fondée sur la complaisance mutuelle

Le charisme de Mark repose sur sa rapidité, son assurance et son refus de reconnaître les limites conventionnelles. Bryon admire depuis longtemps ces traits parce qu’ils donnent l’impression que le danger peut être maîtrisé. Leur amitié repose en partie sur une complaisance réciproque : chaque garçon accepte chez l’autre des comportements qu’une personne extérieure pourrait qualifier de cruauté, de vol ou d’inconscience.

Hinton ne commence pas par une opposition morale nette. Bryon participe au même monde et profite de l’audace de Mark. Son jugement ultérieur porte donc une part de culpabilité. Grandir signifie reconnaître que l’affection n’efface pas la responsabilité, mais aussi admettre combien de temps elle a contribué à normaliser le tort causé.

Cette relation quasi fraternelle donne sa force à la décision de Bryon. Se retourner contre Mark ne revient pas à dénoncer un inconnu. Le geste brise une identité partagée et révèle que la nouvelle morale de Bryon ne peut prendre une forme indolore.

Charlie, la violence et la fin du danger romanesque

Au début, le bar de Charlie appartient à la géographie sociale des garçons, là où le danger adulte et la mise en scène adolescente se superposent. La violence qui entoure la mort de Charlie dépouille ce danger de son prestige. Bryon ne peut plus considérer les bagarres et les armes comme des épisodes qui prouvent le courage et s’achèvent dès que les garçons s’échappent.

L’événement modifie la température morale du roman. La prose de Hinton reste dépouillée et évite le commentaire psychologique élaboré, mais les conséquences s’accumulent dans la perception de Bryon. La violence n’est pas seulement ce que des rivaux s’infligent. Elle laisse des adultes morts, des dettes impayées et des survivants contraints de réexaminer les histoires qu’ils se racontaient sur le courage.

Les lecteurs qui comparent les romans d’action pour jeunes adultes constateront que le mouvement décisif du livre est intérieur. L’intrigue extérieure importe parce qu’elle détruit la capacité de Bryon à continuer d’interpréter le tort causé comme une aventure.

Cathy, M&M et la responsabilité au-delà du duo

Cathy ouvre une relation qui n’est pas entièrement organisée par le passé commun de Bryon et Mark. Par son intermédiaire, Bryon devient attentif à M&M, dont la vulnérabilité et l’aliénation ne correspondent pas au code des garçons. La disparition de M&M et son expérience de la drogue font passer celle-ci de la rumeur ou du commerce à des ravages visibles.

La participation de Mark au trafic de drogue marque le point où Bryon ne peut plus séparer la loyauté de la complicité. Le traitement est façonné par l’époque du roman et peut sembler sommaire dans sa représentation de la consommation de drogue. Sa fonction structurelle reste néanmoins claire : Bryon rencontre une personne blessée qui est liée à quelqu’un dont il se soucie, et la défense abstraite de la liberté de Mark s’effondre.

Cathy sert parfois davantage de catalyseur au développement de Bryon que de centre pleinement autonome. Cette limite appartient à l’étroitesse du cadre à la première personne du roman ; elle ne doit pas conduire à négliger l’importance éthique de Cathy.

La décision de livrer Mark aux autorités

La décision de Bryon est à la fois impulsive et délibérée. Il découvre la drogue, comprend son rapport avec la souffrance de M&M et contacte les autorités. Hinton refuse de donner à cet acte un caractère triomphal. La loi offre une limite que Bryon ne peut imposer seul, mais y recourir détruit la confiance sur laquelle reposait sa relation la plus proche.

La scène soulève une distinction difficile entre trahison et obligation de répondre de ses actes. Mark ne perçoit que la trahison, car son éthique considère la loyauté comme absolue. Bryon comprend qu’une loyauté absolue peut devenir la permission de faire du mal à autrui. Le roman ne lui accorde aucun réconfort pour être parvenu à cette prise de conscience.

C’est le thème le plus puissant du livre : la maturité n’est pas l’acquisition d’opinions justes, mais la perte des cadres moraux qui donnaient autrefois sa cohérence à l’existence. Bryon agit, mais son action ne rétablit ni M&M, ni Charlie, ni l’amitié.

La fin et la rupture morale sans réconciliation

La rencontre ultérieure entre Bryon et Mark refuse la réparation sentimentale. L’hostilité et la distance émotionnelle de Mark montrent que la punition n’a pas produit de compréhension commune. Bryon affronte une version de son ami qu’il ne peut plus atteindre et doit se demander si quelque chose en Mark a toujours échappé au récit de fraternité auquel il voulait croire.

La fin est sévère parce que Bryon perd aussi confiance dans sa propre capacité à éprouver des sentiments. La maturité ne l’a pas rendu entier ; elle a rendu le passé inaccessible. Le « maintenant » du titre est plus clair sur le plan éthique et plus pauvre sur le plan affectif.

Les lecteurs qui ont besoin d’une rédemption explicite pourront trouver cette conclusion sombre. Ceux qui apprécient les fins qui préservent les conséquences comprendront pourquoi une réconciliation affaiblirait le roman. Crocodile Tears propose un autre rapport entre le danger adolescent et le choix moral, tandis que Airman change les mécanismes de genre autour de la loyauté et de la trahison.

Style, époque et limites

La prose à la première personne de Hinton est concise, familière et accessible. Elle s’interrompt rarement pour développer un argument formel ; le jugement émerge des changements dans ce que Bryon remarque. Cette approche rend le livre efficace pour les jeunes lecteurs sans simplifier son conflit moral.

Certains rôles sont condensés. Cathy et M&M servent surtout à transformer la conscience de Bryon, tandis que l’intériorité de Mark doit être déduite. La représentation de la culture de la drogue porte l’inquiétude et les simplifications de son époque. Le lecteur doit aussi comprendre que le roman dialogue avec le même univers social que les autres œuvres de Hinton, même s’il peut être lu indépendamment.

Up the Line offre un contraste de ton et de forme plutôt qu’une alternative véritablement proche. Ce contraste montre combien Hinton a besoin de peu de mécanismes spéculatifs : une amitié et un choix irréversible suffisent.

Ce que la narration de Bryon ne peut trancher

Bryon peut expliquer pourquoi il a dénoncé Mark, mais la narration ne lui confère pas une autorité complète sur le sens de cet acte. Les lecteurs peuvent approuver sa décision tout en s’interrogeant sur la rapidité avec laquelle Cathy, M&M et la loi deviennent des éléments de son éveil moral. Hinton entretient un malaise fécond autour de la responsabilité : Mark a fait du mal, Bryon avait jusque-là permis certains torts, et la punition ne peut restaurer les personnes touchées par leurs choix. La distribution irrésolue de la culpabilité empêche le roman de se transformer en leçon dotée d’une réponse unique.

La brièveté du livre intensifie cette incertitude. Hinton ne décrit pas des années de conséquences qui permettraient de stabiliser le jugement. Bryon parle alors que la rupture reste assez proche pour déformer chacune de ses conclusions.

Public visé et évaluation finale

Le livre convient surtout aux lecteurs intéressés par l’amitié masculine, la blessure morale, la violence et le passage à l’âge adulte sans garantie de réconciliation. Il convient moins à ceux qui recherchent deux perspectives équilibrées, un traitement doux des ravages de la drogue ou une fin rédemptrice.

That Was Then, This Is Now réussit parce que le jugement que Bryon porte sur Mark met Bryon lui-même en cause. La mort de Charlie, les rôles de Cathy et de M&M, la drogue cachée, l’appel à la police et l’éloignement final rendent la maturité coûteuse. Le style compact de Hinton réduit parfois les personnages secondaires et porte les présupposés de son époque, mais n’offre pas de récompense morale facile. Bryon apprend que l’amour ne peut rendre chaque acte acceptable. Il apprend aussi que refuser cette permission peut mettre fin à la relation par laquelle il comprenait son propre passé.

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