Critique de livre

Critique de When Bad Things Happen to Good People

Harold S. Kushner repense la souffrance innocente en préservant la compassion divine au prix de l’omnipotence traditionnelle.

Auteur
Harold S. Kushner
Première publication
1981
Couverture de When bad things happen to good people
Couverture fournie par Open Library ; l'illustration de l'édition peut différer du texte critiqué.
Voir la source https://openlibrary.org/works/OL715941W

Une critique de When Bad Things Happen to Good People : une thèse compatissante mais exigeante

Dans cette critique de When Bad Things Happen to Good People, le point de départ est la distinction qui donne au livre de Harold S. Kushner sa force durable : l’auteur cherche moins à expliquer la souffrance qu’à empêcher les explications d’infliger une seconde blessure. La tragédie fait déjà mal ; dire à une personne endeuillée que sa perte était méritée, nécessaire, secrètement bénéfique ou soigneusement voulue par Dieu peut ajouter la culpabilité et le désarroi moral à la douleur. La thèse de Kushner est que la souffrance innocente est réelle, qu’une grande part d’elle ne répond à aucune intention, et que la foi devient plus humaine lorsqu’elle refuse de faire de Dieu l’auteur de chaque désastre.

Cette thèse est compatissante, mais elle n’est pas théologiquement sans coût. Kushner préserve la bonté divine en limitant le type de pouvoir que Dieu exerce dans le monde. Les processus naturels suivent leur cours sans être constamment suspendus en faveur des personnes méritantes, et les êtres humains conservent la liberté de commettre des actes terribles comme généreux. Dans cette perspective, Dieu n’est pas la cause cachée de la catastrophe. Sa présence s’éprouve plutôt dans le courage, la consolation, la résistance éthique et l’aide que les personnes s’apportent les unes aux autres.

Il en résulte un ouvrage bref et direct de théologie pastorale plutôt qu’un traité détaché. Publié pour la première fois en 1981, il est né de l’expérience de Kushner comme rabbin et père, après que son jeune fils eut reçu le diagnostic d’une maladie dégénérative et mourut au début de son adolescence. Cette origine compte, car le livre ne traite jamais le problème du mal comme un brillant exercice de controverse. Son raisonnement est éprouvé à l’aune de ce qu’une personne en deuil peut entendre sans qu’on lui ôte sa dignité. Sa grande réussite n’est pas de résoudre l’ancien problème de la souffrance, mais de déplacer le poids moral de la question : au lieu de demander ce que la victime a fait pour mériter sa douleur, il demande comment les personnes qui souffrent et leurs communautés peuvent répondre sans renoncer à l’amour.

L’argument : la bonté sans le contrôle total

Kushner aborde le choc entre trois affirmations familières : Dieu est bon, Dieu gouverne toute chose, et la souffrance imméritée existe. Nombre de théodicées tentent de conserver les trois en présentant le mal comme un élément d’un dessein plus vaste que les êtres humains ne peuvent pas encore comprendre. Kushner juge cette réponse destructrice sur le plan pastoral. Si tout événement est intentionnellement voulu, alors la mort d’un enfant, une maladie aléatoire ou une catastrophe naturelle doivent relever de la même providence que toute bénédiction. Les appels au mystère peuvent protéger une doctrine, mais ils peuvent rendre la bonté divine inintelligible précisément au moment où la personne qui souffre en a le plus besoin.

Son alternative consiste à distinguer un monde régi par un ordre naturel fiable d’un monde minutieusement administré pour récompenser la vertu. La même régularité qui rend la vie possible signifie aussi que la nature ne répartit pas ses conséquences selon la valeur morale. De même, une liberté humaine véritable implique que des personnes puissent en user avec cruauté. Dans un entretien ultérieur consacré au livre, Kushner a présenté les lois de la nature et la liberté de choix comme des domaines où Dieu n’intervient pas arbitrairement. La formulation est délibérément audacieuse : il préfère relativiser l’omnipotence plutôt que de révérer une puissance dépourvue de bonté.

Le Dieu du livre devient ainsi un allié contre la souffrance, non celui qui la distribue. La prière n’est donc pas un mécanisme destiné à imposer une exception favorable aux règles. Elle peut aider une personne intérieurement brisée à se ressaisir, l’ouvrir au soutien et fournir la force de faire ce que la douleur a rendu difficile. La communauté devient davantage qu’un décor social ; le soin humain est l’un des principaux lieux où la sollicitude de Dieu s’exerce de manière tangible. Ce déplacement de la causalité cosmique vers la réponse morale est le mouvement le plus convaincant du livre. Il donne aux lecteurs davantage qu’un slogan, tout en refusant de prétendre que la perte peut être dissipée par le raisonnement.

Job, le blâme et le danger des réponses trop nettes

Le Livre de Job est un contexte essentiel pour Kushner, car il met en scène la tentation de transformer le malheur en verdict sur le caractère. Les amis de Job habitent un univers moral ordonné : si la souffrance résulte de la faute, alors celle de Job doit révéler une faute, si dissimulée soit-elle. Leur logique est cohérente et cruelle. Elle protège le système en accusant la personne qui souffre.

La lecture de Kushner détourne l’attention de la culpabilité supposée de Job pour la porter sur l’insuffisance de cette comptabilité morale. Le monde ne fonctionne pas comme une machine précise de récompense et de punition. La vertu mérite d’être choisie parce qu’elle est bonne, non parce qu’elle achète l’immunité. Une fois abandonnée cette idée transactionnelle, la souffrance ne prouve plus ni l’échec de la victime ni l’hostilité de Dieu. La colère, la protestation et la confusion peuvent appartenir à une relation avec Dieu au lieu de marquer la fin de la foi.

C’est ici que la simplicité du livre devient une force éthique. Kushner comprend que ceux qui veulent consoler parlent souvent pour apaiser leur propre malaise. Une explication péremptoire peut rassurer celui qui la donne en lui laissant croire que l’univers demeure maîtrisé, tout en laissant la personne endeuillée seule face à une implication insoutenable. Une meilleure réponse est la présence : écouter sans instruire de procès, offrir une aide concrète et laisser la tristesse suivre son propre cours. Ces idées rendent le livre utile au-delà des contextes explicitement religieux. Sa théologie peut être contestée, mais sa critique du blâme et des consolations faciles vaut pour les familles, les amis, le clergé et les accompagnants de convictions diverses.

Kushner donne toutefois parfois l’impression que les choix sont plus nets qu’ils ne le sont. On peut rejeter une providence punitive sans accepter que la puissance divine doive être limitée exactement de la manière qu’il propose. Les traditions juives et chrétiennes offrent d’autres conceptions de la providence, de la liberté, de la lamentation et de l’auto-limitation divine ; certaines refusent l’alternative entre un contrôle sans limites et un amour parfait. Le livre gagne en urgence en aiguisant le dilemme, mais cet aiguisement rétrécit aussi le champ des possibles.

Pourquoi la voix pastorale fonctionne

Kushner écrit avec une économie rare sur un sujet qui invite à l’abstraction. Il présente une idée, la confronte à l’expérience de la perte, puis demande quel type de réponse humaine elle encourage. Sa prose cherche rarement à faire étalage d’érudition. Son autorité vient de la convergence du travail pastoral, de l’interprétation des Écritures et du deuil personnel, non d’un relevé exhaustif de la théologie philosophique.

Cette méthode crée une intimité sans transformer le livre en mémoires. La tragédie familiale de Kushner explique les enjeux, mais il n’exige pas que les lecteurs admirent son endurance. Au contraire, son expérience personnelle l’empêche de formuler des affirmations faciles. Il sait de l’intérieur pourquoi les assurances au sujet d’un plan caché peuvent échouer, et il juge le langage religieux selon sa capacité à préserver la dignité de la personne qui souffre. Cette retenue est importante : le deuil n’est pas ici un matériau esthétique, et la douleur n’est jamais présentée comme un gage d’autorité qui couperait court à l’argumentation.

Les passages les plus forts exposent les conséquences morales des consolations courantes. Si la tragédie est un châtiment, la personne qui souffre est blâmée. Si elle est une leçon, on peut se sentir tenu d’être reconnaissant pour la dévastation. Si la prière est présentée comme une épreuve au résultat garanti, une demande restée sans réponse peut paraître prouver une foi insuffisante. Kushner écarte ces fardeaux et les remplace par une promesse plus modeste : la douleur ne doit pas rompre le lien d’une personne avec l’amour, la communauté ou une action qui garde du sens.

Sa voix explique aussi pourquoi le livre peut atteindre des lecteurs qui ne choisiraient jamais un ouvrage technique sur la théodicée. Les idées prennent forme dans le langage des chambres d’hôpital, des funérailles, des familles et des congrégations. Les lecteurs qui cherchent un ensemble plus large de réflexions accessibles peuvent parcourir les critiques de philosophie et de psychologie, mais la contribution propre de Kushner consiste à maintenir l’argument au plus près du moment où la théorie devient soin.

Des forces toujours pertinentes

La première grande force est la clarté morale. Kushner ne romantise pas la souffrance et n’exige pas des victimes qu’elles appellent une catastrophe un cadeau. Il peut parler de croissance après la perte sans prétendre que cette croissance justifie ce qui s’est produit. Cette distinction préserve la compassion de la pression qui voudrait fabriquer une fin heureuse.

La seconde tient à la manière dont le livre conçoit l’action. Quand le lecteur cesse de chercher une raison divine derrière chaque événement, l’attention se déplace vers ce qui peut être fait maintenant. La personne qui souffre peut accepter de l’aide ; l’ami peut être là ; la communauté peut combattre les conditions qui aggravent le mal. Cette conception ne rend pas le mal irréel. Elle invite les personnes à devenir les adversaires de la souffrance évitable plutôt que des interprètes empressés d’en certifier la raison d’être.

Troisièmement, le livre fait une place à la colère religieuse. La protestation n’a pas à se déguiser en sérénité. Une foi qui peut survivre à l’accusation honnête est peut-être plus solide qu’une foi entretenue en refoulant tout sentiment difficile. Le Dieu de Kushner n’est pas menacé par le vocabulaire du deuil. Pour de nombreux lecteurs, cette permission sera plus consolante que toute explication proposée.

Enfin, la structure respecte l’attention limitée d’un lecteur en détresse. L’argument est compréhensible sans formation spécialisée, et ses répétitions apportent le plus souvent du réconfort plutôt que de simples redites. Kushner revient sur la même conviction centrale depuis différents angles pastoraux : la personne qui souffre n’est pas choisie pour être punie, et la bonté demeure possible même lorsque la sécurité ne peut être garantie.

Réserves : quand le réconfort devient controverse

La réserve centrale est aussi la thèse centrale. Les lecteurs attachés aux conceptions classiques de l’omnipotence divine peuvent juger la solution de Kushner inacceptable. Il ne se contente pas de dire que les raisons de Dieu restent cachées ; il situe l’action divine hors du contrôle des événements particuliers. Cela peut sembler libérateur, mais aussi donner le sentiment qu’il achète la compassion en redéfinissant le Dieu auquel beaucoup de croyants prient.

Une deuxième limite est la compression philosophique. Le livre place une très vaste famille de maux — catastrophe naturelle, maladie, accident et faute humaine — dans un seul cadre pastoral. Or ces formes de souffrance soulèvent des questions différentes de causalité, de responsabilité et de prévention. Kushner reconnaît à la fois l’ordre naturel et la liberté de choix, mais les lecteurs qui recherchent une cartographie rigoureuse du problème du mal voudront davantage de distinctions et une discussion plus poussée des thèses opposées.

Troisièmement, le vocabulaire religieux du livre est accueillant, mais non neutre. Les lecteurs séculiers peuvent apprécier son rejet de l’accusation des victimes et son insistance sur la communauté, tout en restant peu convaincus qu’il faille désigner le courage ou la bonté comme une manifestation de l’action divine. Inversement, les lecteurs issus de traditions qui conçoivent autrement la prière de demande ou la providence peuvent estimer que Kushner passe trop vite d’attentes déçues à une révision théologique.

Il faut donc lire le livre comme une puissante proposition pastorale, non comme le dernier mot sur le deuil. Il ne saurait remplacer un soutien personnel, des soins professionnels appropriés ou le lent travail du deuil. Son meilleur usage consiste à écarter les idées nuisibles et à offrir un langage où chagrin, foi, colère et responsabilité peuvent coexister.

Lecteurs idéaux et bon moment pour le lire

Ce livre s’adresse d’abord aux lecteurs dont la douleur a été aggravée par la question du mérite : Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait de mal ? Pourquoi la prière n’a-t-elle pas empêché cela ? Kushner répond en refusant l’idée que le malheur mesure de manière fiable la vertu. Les croyants qui cherchent à préserver une relation avec Dieu après une perte peuvent constater que cette révision devient émotionnellement et spirituellement possible lorsque les explications traditionnelles ne le sont plus.

Il est également précieux pour les personnes qui accompagnent les endeuillés. Le clergé, les proches, les amis et les accompagnants peuvent apprendre de ses mises en garde contre l’explication devenue une forme d’autoprotection. Kushner propose une aide moins intrusive : ne pas se hâter de clore la question ; ne pas défendre la providence aux dépens de la personne qui souffre ; ne pas transformer l’angoisse en débat que la personne blessée devrait perdre.

Les personnes encore sous le choc initial du deuil peuvent néanmoins trouver tout argument trop exigeant. Le livre est limpide, mais cette limpidité n’en fait pas pour autant une lecture opportune pour chacun. Certaines personnes auront besoin de compagnie avant toute interprétation. D’autres préféreront un cadre sans présupposés théologiques. Le lecteur idéal n’est pas simplement « quelqu’un qui souffre », mais quelqu’un prêt à examiner comment les croyances relatives à la causalité, à l’équité et à la prière façonnent l’expérience de la souffrance.

Alternatives pour le sens, la mortalité et l’éveil moral

Kushner n’est pas le seul compagnon utile face à ces questions, et la meilleure alternative dépend de ce dont le lecteur a besoin. Dans Man’s Search for Meaning, Viktor Frankl met davantage l’accent sur la responsabilité existentielle et la capacité humaine à s’orienter vers le sens dans des conditions extrêmes. C’est le choix le plus pertinent pour poursuivre la réflexion lorsque l’on souhaite de la psychologie et de la philosophie avec une moindre dépendance envers une théologie de la providence.

Dans Being Mortal, Atul Gawande déplace la réflexion de la théodicée vers la médecine, l’autonomie et les choix concrets liés au vieillissement et à la fin de vie. Ce livre convient mieux aux familles et aux soignants qui réfléchissent à la manière dont les institutions prennent en charge la fragilité, les maladies graves et les priorités personnelles.

Pour les lecteurs qui souhaitent que la fiction mène l’interrogation spirituelle, La Mort d’Ivan Ilitch de Léon Tolstoï offre un portrait sévère du déni, de la fausseté sociale, de la terreur et d’une prise de conscience morale tardive. Tolstoï met en scène ce que Kushner explique : la souffrance peut révéler la pauvreté des assurances conventionnelles, même si les deux écrivains aboutissent à des visions différentes de la transformation.

Ces livres se complètent plutôt qu’ils ne s’annulent. Frankl demande comment le sens peut perdurer, Gawande comment le soin peut honorer une vie, Tolstoï ce que la mort révèle d’une vie mal vécue, et Kushner ce qui demeure de la foi lorsque la souffrance ne peut être justifiée.

Verdict final

When Bad Things Happen to Good People demeure un livre marquant parce qu’il comprend qu’une mauvaise réponse peut être pire qu’une limite reconnue. Kushner refuse de tenir la cruauté, la maladie ou le deuil pour des biens afin de préserver un système ordonné. À la place d’une explication cosmique, il offre la solidarité : Dieu se tient du côté de la personne qui souffre, et les êtres humains sont appelés à se tenir eux aussi aux côtés de ceux qui souffrent, par leur présence, leur courage et leur soin.

L’argument ne satisfera pas toutes les théologies et ne doit pas être pris pour une philosophie complète du mal. Son opposition entre une bonté aimante et un pouvoir qui prétend tout contrôler est contestable, et son traitement des différentes formes de souffrance peut être trop condensé. Pourtant, l’intelligence pastorale du livre est remarquable. Il reconnaît qu’une doctrine a des conséquences dans la pièce où quelqu’un est en deuil.

Le jugement final est donc très favorable, avec une réserve nette. Il faut lire Kushner pour sa critique profondément humaine de la providence punitive, pour son langage qui permet la colère sans abandonner la foi, et pour sa conception de la consolation ancrée dans ce que les personnes peuvent faire les unes pour les autres. Il faut le lire de manière critique là où sa solution limite la puissance divine. La valeur du livre ne tient pas à rendre la tragédie raisonnable, mais à rendre la compassion intellectuellement et spirituellement possible une fois que la raison a atteint ses limites.

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